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Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

Dans l'exercice de la liberté, l'homme accomplit des actes moralement bons, constructifs de sa personne et de la société, quand il obéit à la vérité, c'est-à-dire quand il ne prétend pas être le créateur et le maître absolu de cette dernière, ainsi que des normes éthiques.261Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1749-1756. En effet, la liberté « n'a pas sa source absolue et inconditionnée en elle-même, mais dans l'existence dans laquelle elle se situe et qui, pour elle, constitue à la fois des limites et des possibilités. C'est la liberté d'une créature, c'est-à-dire un don, qu'il faut accueillir comme un germe et qu'il faut faire mûrir de manière responsable ».262Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 86: AAS 85 (1993) 1201. Dans le cas contraire, elle meurt comme liberté et détruit l'homme et la société.263Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 44, 99: AAS 85 (1993) 1168-1169, 1210-1211.

La vérité à propos du bien et du mal est pratiquement et concrètement reconnue par le jugement de la conscience, qui conduit à assumer la responsabilité du bien accompli et du mal commis: « Ainsi, dans le jugement pratique de la conscience, qui impose à la personne l'obligation d'accomplir un acte déterminé, se révèle le lien entre la liberté et la vérité. C'est précisément pourquoi la conscience se manifeste par des actes de “jugement” qui reflètent la vérité sur le bien, et non comme des “décisions” arbitraires. Le degré de maturité et de responsabilité de ces jugements — et, en définitive, de l'homme, qui en est le sujet — se mesure non par la libération de la conscience par rapport à la vérité objective, en vue d'une prétendue autonomie des décisions personnelles, mais, au contraire, par une pressante recherche de la vérité et, dans l'action, par la remise de soi à la conduite de cette conscience ».264Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 61: AAS 85 (1993) 1181-1182.

L'exercice de la liberté implique la référence à une loi morale naturelle, à caractère universel, qui précède et unit tous les droits et les devoirs.265Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 50: AAS 85 (1993) 1173-1174. La loi naturelle « n'est autre que la lumière de l'intelligence insufflée en nous par Dieu. Grâce à elle nous connaissons ce qu'il faut accomplir et ce qu'il faut éviter. Cette lumière ou cette loi, Dieu l'a donnée à la création » 266Saint Thomas d'Aquin, In due praecepta caritatis et in decem Legis praecepta expositio, c. 1: « Nunc autem de scientia operandorum intendimus: ad quam tractandam quadruplex lex invenitur. Prima dicitur lex naturae; et haec nihil aliud est nisi lumen intellectus insitum nobis a Deo, per quod cognoscimus quid agendum et quid vitandum. Hoc lumen et hanc legem dedit Deus homini in creatione »: Divi Thomae Aquinatis, Doctoris Angelici, Opuscola Theologica, v. II: De re spirituali, cura et studio P. Fr. Raymundi Spiazzi, O.P., Marietti ed., Taurini - Romae 1954, p. 245. et consiste en la participation à sa loi éternelle, qui s'identifie à Dieu lui- même.267Cf. Saint Thomas d'Aquin, Summa theologiae, I-II, q. 91, a. 2, c: Ed. Leon. 7, 154: « ... partecipatio legis aeternae in rationali creatura lex naturalis dicitur ». Cette loi est appelée naturelle parce que la raison qui la promulgue appartient en propre à la nature humaine. Elle est universelle, s'étend à tous les hommes dans la mesure où elle est établie par la raison. Dans ses préceptes principaux, la loi divine et naturelle est exposée dans le Décalogue et désigne les normes primordiales et essentielles qui règlent la vie morale.268Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1955. Elle a pour pivot l'aspiration et la soumission à Dieu, source et juge de tout bien, ainsi que le sens de l'autre comme égal à soi-même. La loi naturelle exprime la dignité de la personne et jette les bases de ses droits et de ses devoirs fondamentaux.269Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1956.

Dans la diversité des cultures, la loi naturelle lie les hommes entre eux, imposant des principes communs. Même si son application requiert des adaptations à la multiplicité des conditions de vie, selon les lieux, les époques et les circonstances,270Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1957. elle est immuable, « subsiste sous le flux des idées et des mœurs et en soutient le progrès. (...) Même si l'on renie jusqu'à ses principes, on ne peut pas la détruire ni l'enlever du cœur de l'homme. Toujours elle resurgit dans la vie des individus et des sociétés ».271Catéchisme de l'Église Catholique, 1958. Toutefois, ses préceptes ne sont pas perçus clairement et immédiatement par tous. Les vérités religieuses et morales ne peuvent être connues « de tous sans difficultés, avec une ferme certitude et sans mélange d'erreur » 272Concile Vatican I, Const. dogm. Dei Filius sur la foi catholique, c. 2: DS 3005, p. 588; cf. Pie XII, Encycl. Humani generis : AAS 42 (1950) 562. qu'avec l'aide de la grâce et de la Révélation. La loi naturelle offre un fondement préparé par Dieu à la loi révélée et à la grâce, en pleine harmonie avec l'œuvre de l'Esprit.273Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1960.

La loi naturelle, qui est loi de Dieu, ne peut pas être abolie par l'iniquité humaine.274Cf. Saint Augustin, Confessiones, 2, 4, 9: PL 3, 678: « Furtum certe punit lex tua, Domine, et lex scripta in cordibus hominum, quam ne ipsa quidem delet iniquitas ». Elle pose le fondement moral indispensable pour édifier la communauté des hommes et pour élaborer la loi civile, qui tire les conséquences de nature concrète et contingente des principes de la loi naturelle.275Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1959. Si l'on voile la perception de l'universalité de la loi morale naturelle, il est impossible d'édifier une communion réelle et durable avec l'autre car quand une convergence vers la vérité et le bien fait défaut, « de manière responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au préjudice de tous ».276Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 51: AAS 85 (1993) 1175. Seule une liberté enracinée dans la nature commune peut, en effet, rendre tous les hommes responsables et est en mesure de justifier la morale publique. Celui qui s'autoproclame mesure unique des choses et de la vérité ne peut pas vivre pacifiquement avec ses semblables et collaborer avec eux.277Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 19-20: AAS 87 (1995) 421-424.

La liberté tend mystérieusement à trahir l'ouverture à la vérité et au bien humain et préfère trop souvent le mal et l'enfermement égoïste, s'élevant au rang de divinité créatrice du bien et du mal: « Établi par Dieu dans un état de justice, l'homme, séduit par le Malin, dès le début de l'histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu. (...) Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l'homme a, par le fait même, brisé l'ordre qui l'orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création ».278Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 13: AAS 58 (1966) 1034-1035. Par conséquent, la liberté de l'homme a besoin d'être libérée. Le Christ, par la force de son mystère pascal, libère l'homme de l'amour désordonné de soi,279Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1741. qui est source du mépris du prochain et des rapports basés sur la domination de l'autre; il révèle que la liberté se réalise dans le don de soi.280Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 87: AAS 85 (1993) 1202-1203. Par son sacrifice sur la Croix, Jésus réintroduit chaque homme dans la communion avec Dieu et avec ses semblables.

Notes

  1. 261. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1749-1756.
  2. 262. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 86: AAS 85 (1993) 1201.
  3. 263. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 44, 99: AAS 85 (1993) 1168-1169, 1210-1211.
  4. 264. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 61: AAS 85 (1993) 1181-1182.
  5. 265. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 50: AAS 85 (1993) 1173-1174.
  6. 266. Saint Thomas d'Aquin, In due praecepta caritatis et in decem Legis praecepta expositio, c. 1: « Nunc autem de scientia operandorum intendimus: ad quam tractandam quadruplex lex invenitur. Prima dicitur lex naturae; et haec nihil aliud est nisi lumen intellectus insitum nobis a Deo, per quod cognoscimus quid agendum et quid vitandum. Hoc lumen et hanc legem dedit Deus homini in creatione »: Divi Thomae Aquinatis, Doctoris Angelici, Opuscola Theologica, v. II: De re spirituali, cura et studio P. Fr. Raymundi Spiazzi, O.P., Marietti ed., Taurini - Romae 1954, p. 245.
  7. 267. Cf. Saint Thomas d'Aquin, Summa theologiae, I-II, q. 91, a. 2, c: Ed. Leon. 7, 154: « ... partecipatio legis aeternae in rationali creatura lex naturalis dicitur ».
  8. 268. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1955.
  9. 269. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1956.
  10. 270. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1957.
  11. 271. Catéchisme de l'Église Catholique, 1958.
  12. 272. Concile Vatican I, Const. dogm. Dei Filius sur la foi catholique, c. 2: DS 3005, p. 588; cf. Pie XII, Encycl. Humani generis : AAS 42 (1950) 562.
  13. 273. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1960.
  14. 274. Cf. Saint Augustin, Confessiones, 2, 4, 9: PL 3, 678: « Furtum certe punit lex tua, Domine, et lex scripta in cordibus hominum, quam ne ipsa quidem delet iniquitas ».
  15. 275. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1959.
  16. 276. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 51: AAS 85 (1993) 1175.
  17. 277. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitae, 19-20: AAS 87 (1995) 421-424.
  18. 278. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 13: AAS 58 (1966) 1034-1035.
  19. 279. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1741.
  20. 280. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Veritatis splendor, 87: AAS 85 (1993) 1202-1203.