Le caractère central de la personne humaine et la disposition naturelle des personnes et des peuples à nouer des relations entre eux sont les éléments fondamentaux pour construire une vraie Communauté internationale dont l'organisation doit tendre au véritable bien commun universel.880Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1911. Même si l'aspiration à une communauté internationale authentique est largement répandue, l'unité de la famille humaine n'est encore pas réalisée, car elle est entravée par des idéologies matérialistes et nationalistes qui nient les valeurs dont est porteuse la personne considérée intégralement, dans toutes ses dimensions: matérielle et spirituelle, individuelle et communautaire. En particulier, toute théorie ou comportement basé sur le racisme et la discrimination raciale est moralement inacceptable.881Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décl. Nostra aetate, 5: AAS 58 (1966) 743-744; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 268, 281; Paul VI, Encycl. Populorum progressio, 63: AAS 59 (1967) 288; Id., Lettre apost. Octogesima adveniens, 16: AAS 63 (1971) 413; Conseil Pontifical « Justice et Paix », L'Église face au racisme. Contribution du Saint-Siège à la Conférence mondiale contre le Racisme, la Discrimination raciale, la Xénophobie et l'Intolérance qui y est associée, Typographie Vaticane, Cité du Vatican 2001. La coexistence entre les nations est fondée sur les mêmes valeurs qui doivent orienter celle entre les êtres humains: la vérité, la justice, la solidarité et la liberté.882Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 279-280. Au plan des principes constitutifs de la Communauté internationale, l'enseignement de l'Église requiert que les relations entre les peuples et les communautés politiques trouvent leur juste régulation dans la raison, dans l'équité, dans le droit, dans la négociation, tandis qu'il exclut le recours à la violence et à la guerre, ainsi qu'à des formes de discrimination, d'intimidation et de tromperie.883Cf. Paul VI, Discours aux Nations Unies (4 octobre 1965), 2: AAS 57 (1965) 879-880.
Le droit se présente comme un instrument de garantie de l'ordre international,884Cf. Pie XII, Encycl. Summi Pontificatus: AAS 31 (1939) 438-439. c'est-à-dire de la coexistence entre communautés politiques qui, individuellement, poursuivent le bien commun de leurs citoyens et qui, collectivement, doivent tendre à celui de tous les peuples,885Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 292; Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 52: AAS 83 (1991) 857-858. dans la conviction que le bien commun d'une nation est inséparable du bien de la famille humaine tout entière.886Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 284. La communauté internationale est une communauté juridique fondée sur la souveraineté de chaque État membre, sans liens de subordination qui nient ou limitent son indépendance.887Cf. Pie XII, Discours de Noël (24 décembre 1939): AAS 32 (1940) 9-11; Id., Discours aux Juristes catholiques sur les Communautés d'États et de peuples (6 décembre 1953): AAS 45 (1953) 395-396; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 289. Concevoir la communauté internationale de cette façon ne signifie en rien relativiser et rendre vaines les différentes caractéristiques spécifiques de chaque peuple, mais favoriser leurs expressions.888Cf. Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 9-10: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 6. La mise en valeur des différentes identités favorise le dépassement des diverses formes de division qui tendent à séparer les peuples et à les enfermer dans un égoïsme aux effets déstabilisants.
Le Magistère reconnaît l'importance de la souveraineté nationale, conçue avant tout comme expression de la liberté qui doit régler les rapports entre les États.889Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 289; Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 15: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 7. La souveraineté représente la subjectivité 890Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 15: AAS 80 (1988) 528-530. d'une nation sous l'angle politique, économique, social et aussi culturel. La dimension culturelle acquiert une consistance particulière en tant que force de résistance aux actes d'agression ou aux formes de domination qui conditionnent la liberté d'un pays: la culture constitue la garantie de conservation de l'identité d'un peuple; elle exprime et favorise sa souveraineté spirituelle.891Cf. Jean-Paul II, Discours à l'UNESCO (2 juin 1980), 14: AAS 72 (1980) 744-745. La souveraineté nationale n'est toutefois pas un absolu. Les nations peuvent renoncer librement à l'exercice de certains de leurs droits en vue d'un objectif commun, avec la conscience de former une « famille »,892Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 14: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 7; cf. aussi Id., Discours au Corps Diplomatique (13 janvier 2001), 8: AAS 93 (2001) 319. où doivent régner la confiance et le soutien réciproques, ainsi que le respect mutuel. Dans cette perspective, il convient de prendre attentivement en considération l'absence d'un accord international qui affronte de façon appropriée « les droits des nations »; 893Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 6: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 6. son élaboration pourrait opportunément examiner les questions relatives à la justice et à la liberté dans le monde contemporain.