Pour réaliser et consolider un ordre international qui garantisse efficacement la coexistence pacifique entre les peuples, la même loi morale qui régit la vie des hommes doit également régler les rapports entre les États, « loi morale dont l'observance doit être inculquée et favorisée par l'opinion publique de toutes les nations et de tous les États, avec une telle unanimité de voix et de force que personne ne puisse oser la mettre en doute ou en atténuer l'obligation ».894Pie XII, Radio-message de Noël (24 décembre 1941): AAS 34 (1942) 16. Il est nécessaire que la loi morale universelle, inscrite dans le cœur de l'homme, soit considérée comme effective et incontournable en tant qu'expression vive de la conscience commune de l'humanité, une « grammaire » 895Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 5. capable d'orienter le dialogue sur l'avenir du monde.
Le respect universel des principes qui inspirent un « ordre juridique en harmonie avec l'ordre moral » 896Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 277. est une condition nécessaire pour la stabilité de la vie internationale. La recherche d'une telle stabilité a favorisé l'élaboration progressive d'un droit des peuples 897Cf. Pie XII, Encycl. Summi Pontificatus: AAS 31 (1939) 438-439; Id., Radio- message de Noël (24 décembre 1941): AAS 34 (1942) 16-17; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 290.292. (“jus gentium”), qui peut être considéré comme l' « ancêtre du droit international ».898Jean-Paul II, Discours au Corps Diplomatique (12 janvier 1991), 8: L'Osservatore Romano, éd. française, 15 janvier 1991, p. 8. La réflexion juridique et théologique, ancrée dans le droit naturel, a formulé « des principes universels, qui sont antérieurs et supérieurs au droit interne des États »,899Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 5: AAS 96 (2004) 116. comme l'unité du genre humain, l'égale dignité de chaque peuple, le refus de la guerre pour régler les différends, l'obligation de coopérer en vue du bien commun, l'exigence de respecter les engagements souscrits (“pacta sunt servanda”). Il faut particulièrement souligner ce dernier principe pour éviter « la tentation de recourir au droit de la force plutôt qu'à la force du droit ».900Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 5: AAS 96 (2004) 117; cf. aussi Id., Message au Recteur de l'Université Pontificale du Latran (21 mars 2002), 6: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 avril 2002, p. 5.
Pour résoudre les conflits qui surgissent entre les diverses communautés politiques et qui compromettent la stabilité des nations et la sécurité internationale, il est indispensable de se référer à des règles communes issues de la négociation, en renonçant définitivement à l'idée de rechercher la justice par le recours à la guerre: 901Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 23: AAS 83 (1991) 820-821. « La guerre peut se terminer sans vainqueurs ni vaincus dans un suicide de l'humanité, et alors il faut répudier la logique qui y conduit, c'est-à-dire l'idée que la lutte pour la destruction de l'adversaire, la contradiction et la guerre même sont des facteurs de progrès et de marche en avant de l'histoire ».902Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 18: AAS 83 (1991) 816. La Charte des Nations Unies interdit non seulement le recours à la force, mais aussi la menace même de l'utiliser: 903Cf. Charte des Nations Unies (26 juin 1945), art. 2.4; Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 6: AAS 96 (2004) 117. cette disposition est née de la tragique expérience de la deuxième guerre mondiale. Le Magistère n'avait pas manqué, durant ce conflit, d'identifier certains facteurs indispensables pour édifier un nouvel ordre international: la liberté et l'intégrité territoriale de chaque nation, la protection des droits des minorités, une juste répartition des ressources de la terre, le refus de la guerre et la mise en œuvre du désarmement, le respect des pactes conclus et la cessation de la persécution religieuse.904Cf. Pie XII, Radio-message de Noël (24 décembre 1941): AAS 34 (1942) 18.
Pour consolider la primauté du droit, c'est le principe de la confiance réciproque qui vaut avant tout.905Cf. Pie XII, Radio-message de Noël (24 décembre 1945): AAS 38 (1946) 22; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 287-288. Dans cette perspective, les instruments normatifs pour la solution pacifique des controverses doivent être repensés de façon à renforcer leur portée et leur caractère obligatoire. Les institutions de négociation, de médiation, de conciliation et d'arbitrage, qui sont l'expression de la légalité internationale, doivent être soutenues par la création d'une « autorité juridique absolument efficace dans un monde pacifique ».906Jean-Paul II, Discours à la Cour Internationale de Justice de La Haye (13 mai 1985), 4: AAS 78 (1986) 520. Des progrès en ce sens permettront à la Communauté internationale de se présenter, non plus comme un simple moment d'agrégation de la vie des États, mais comme une structure où les conflits peuvent être résolus de manière pacifique: « De même qu'à l'intérieur des États (...) le système de la vengeance privée et des représailles a été remplacé par l'autorité de la loi, de même il est maintenant urgent qu'un semblable progrès soit réalisé dans la communauté internationale ».907Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 52: AAS 83 (1991) 858. En définitive, le droit international « doit éviter que prévale la loi du plus fort ».908Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 9: AAS 96 (2004) 120. III. L'ORGANISATION DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE