L'Église a accompagné le cheminement vers une « communauté » internationale authentique, qui a pris une direction précise avec l'institution, en 1945, de l'Organisation des Nations Unies, laquelle « a contribué notablement à promouvoir le respect de la dignité humaine, la liberté des peuples et l'exigence du développement, préparant ainsi le terrain culturel et institutionnel sur lequel peut être édifiée la paix ».909Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 7: AAS 96 (2004) 118. La doctrine sociale, en général, considère positivement le rôle des Organisations inter- gouvernementales, en particulier de celles qui œuvrent dans des secteurs spécifiques,910Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 426, 439; Jean- Paul II, Discours à la XXème Conférence générale de la FAO (12 novembre 1979), 6: L'Osservatore Romano, éd. française, 20 novembre 1979, p. 2; Id., Allocution à l'UNESCO (2 juin 1980), 5, 8: AAS 72 (1980) 737, 739-740; Id., Discours au Conseil des Ministres de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) (30 novembre 1993), 3, 5: AAS 86 (1994) 750-751, 752. tout en exprimant des réserves quand elles affrontent les problèmes de façon incorrecte.911Cf. Jean-Paul II, Message à Mme Nafis Sadik, Secrétaire général de la Conférence internationale sur la Population et le Développement (18 mars 1994): AAS 87 (1995) 191-192; Id., Message à Mme Gertrude Mongella, Secrétaire général de la IVème Conférence mondiale des Nations Unies sur la Femme (26 mai 1995): La Documentation Catholique, nº 2120 (1995), pp. 672-675. Le Magistère recommande que l'action des Organismes internationaux réponde aux nécessités humaines dans la vie sociale et dans les milieux importants pour la coexistence pacifique et ordonnée des nations et des peuples.912Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 84: AAS 58 (1966) 1107-1108.
La sollicitude pour une coexistence ordonnée et pacifique de la famille humaine pousse le Magistère à mettre en relief la nécessité d'instituer « une autorité publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d'une puissance efficace, susceptible d'assurer à tous la sécurité, le respect de la justice et la garantie des droits ».913Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 82: AAS 58 (1966) 1105; cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 293 et Paul VI, Encycl. Populorum progressio, 78: AAS 59 (1967) 295. Au cours de l'histoire, malgré les changements de perspective des diverses époques, le besoin d'une telle autorité s'est toujours fait sentir pour répondre aux problèmes de dimension mondiale soulevés par la recherche du bien commun. Il est essentiel que cette autorité soit le fruit d'un accord et non d'une imposition, et qu'elle ne soit pas comprise comme « un super-État mondial ».914Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2003, 6: AAS 95 (2003) 344. Une autorité politique exercée dans le cadre de la Communauté internationale doit être réglementée par le droit, ordonnée au bien commun et respectueuse du principe de subsidiarité: « Il n'appartient pas à l'autorité de la communauté mondiale de limiter l'action que les États exercent dans leur sphère propre, ni de se substituer à eux. Elle doit au contraire tâcher de susciter dans tous les pays du monde des conditions qui facilitent non seulement aux gouvernements mais aussi aux individus et aux corps intermédiaires l'accomplissement de leurs fonctions, l'observation de leurs devoirs et l'usage de leurs droits dans des conditions de plus grande sécurité ».915Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 294-295.
Une politique internationale tournée vers l'objectif de la paix et du développement grâce à l'adoption de mesures coordonnées 916Cf. Paul VI, Encycl. Populorum progressio, 51-55, 77-79: AAS 59 (1967) 282- 284, 295-296. est rendue plus que jamais nécessaire par la mondialisation des problèmes. Le Magistère relève que l'interdépendance entre les hommes et entre les nations acquiert une dimension morale et qu'elle détermine les relations dans le monde actuel sous les aspects économique, culturel, politique et religieux. Dans ce contexte, une révision des Organisations internationales est souhaitée — processus qui « suppose que l'on dépasse les rivalités politiques et que l'on renonce à la volonté de se servir de ces Organisations à des fins particulières, alors qu'elles ont pour unique raison d'être le bien commun »917Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 43: AAS 80 (1988) 575. — dans le but de parvenir à « un degré supérieur d'organisation à l'échelle internationale ».918Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 43: AAS 80 (1988) 575; cf. Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 7: AAS 96 (2004) 118. En particulier, les structures inter-gouvernementales doivent exercer efficacement leurs fonctions de contrôle et de guide dans le domaine de l'économie, car la réalisation du bien commun devient un objectif désormais hors de portée des États considérés individuellement, même s'il s'agit d'États dominants en puissance, richesse et force politique.919Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 58: AAS 83 (1991) 863-864. Les Organismes internationaux doivent en outre garantir l'égalité qui constitue le fondement du droit de tous à participer au processus de développement intégral, dans le respect des diversités légitimes.920Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 33, 39: AAS 80 (1988) 557-559, 566-568.
Le Magistère évalue de manière positive le rôle des regroupements qui se sont formés dans la société civile pour accomplir une importante fonction de sensibilisation de l'opinion publique aux différents aspects de la vie inter- nationale, avec une attention particulière au respect des droits de l'homme, comme le révèle « le nombre des associations privées instituées récemment, certaines ayant une dimension mondiale, et presque toutes ayant pour fin de suivre avec un grand soin et une louable objectivité les événements internationaux dans un domaine aussi délicat ».921Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, 26: AAS 80 (1988) 544-547. Les Gouvernements devraient se sentir encouragés par un tel engagement qui vise à traduire dans la pratique les idéaux qui inspirent la communauté internationale, « en particulier à travers les gestes concrets de solidarité et de paix, accomplis par tant de personnes qui œuvrent au sein des Organisations non gouvernementales et dans les Mouvements pour les droits de l'homme ».922Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 7: AAS 96 (2004) 118.