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Compendium de la doctrine sociale de l'Église

DSE · C. Justice & Paix · 2004 · FR · 583 paragraphes · vatican.va ↗

Le droit à l'usage de la force à des fins de légitime défense est associé au devoir de protéger et d'aider les victimes innocentes qui ne peuvent se défendre contre une agression. Dans les conflits de l'ère moderne, fréquemment internes à un même État, les dispositions du droit international humanitaire doivent être pleinement respectées. Trop souvent, la population civile est touchée, parfois même comme cible de guerre. Dans certains cas, elle est brutalement massacrée ou déracinée de ses maisons et de sa terre par des déplacements forcés, sous prétexte d'une « purification ethnique » 1058Jean-Paul II, Angelus Domini (7 mars 1993), 4: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 mars 1993, p. 1; Id., Discours au Conseil des Ministres C.S.C.E. (30 novembre 1993), 4: AAS 86 (1994) 751. inacceptable. Dans ces circonstances tragiques, il est nécessaire que l'aide humanitaire atteigne la population civile et ne soit jamais utilisée pour conditionner les bénéficiaires: le bien de la personne humaine doit avoir la préséance sur les intérêts des parties en conflit.

Le principe d'humanité, inscrit dans la conscience de chaque personne et de chaque peuple, comporte l'obligation de tenir la population civile à l'écart des effets de la guerre: « Le minimum de protection de la dignité de tout être humain, garanti par le droit humanitaire international, est trop souvent violé au nom d'exigences militaires ou politiques, qui ne devraient jamais l'emporter sur la valeur de la personne humaine. On ressent aujourd'hui la nécessité de trouver un nouveau consensus sur les principes humanitaires et d'en renforcer les fondements pour empêcher que se répètent atrocités et abus ».1059Jean-Paul II, Discours à l'Audience générale (11 août 1999): L'Osservatore Romano, éd. française, 24 août 1999, p. 10. Une catégorie particulière de victimes de la guerre est celle des réfugiés, contraints par les combats à fuir les lieux où ils vivent habituellement, jusqu'à trouver refuge dans des pays autres que ceux où ils sont nés. L'Église est proche d'eux, non seulement par sa présence pastorale et son secours matériel, mais aussi par son engagement à défendre leur dignité humaine: « La sollicitude envers les réfugiés doit nous inciter à réaffirmer les droits de l'homme, universellement reconnus, à en souligner l'importance et à en demander le respect effectif pour les réfugiés ».1060Jean-Paul II, Message pour le Carême 1990, 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 20 février 1990, p. 1.

Les tentatives d'élimination des groupes entiers, nationaux, ethniques, religieux ou linguistiques, sont des délits contre Dieu et contre l'humanité elle-même et les responsables de ces crimes doivent être appelés à en répondre face à la justice.1061Cf. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 7: AAS 91 (1999) 382; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2000, 7: AAS 92 (2000) 362. Le XXème siècle a été tragiquement marqué par différents génocides: du génocide arménien à celui des Ukrainiens, du génocide des Cambodgiens à ceux perpétrés en Afrique et dans les Balkans. Parmi eux celui du peuple juif, la Shoah, prend un relief particulier: « Les jours de la Shoah ont marqué une vraie nuit dans l'histoire, enregistrant des crimes inouïs contre Dieu et contre l'homme ».1062Jean-Paul II, Regina coeli (18 avril 1993), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 20 avril 1993, p. 1; cf. Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme, Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1998. La Communauté internationale dans son ensemble a l'obligation morale d'intervenir en faveur des groupes dont la survie même est menacée ou dont les droits fondamentaux sont massivement violés. Les États, en tant que faisant partie d'une Communauté internationale, ne peuvent pas demeurer indifférents: au contraire, si tous les autres moyens à disposition devaient se révéler inefficaces, il est « légitime, et c'est même un devoir, de recourir à des initiatives concrètes pour désarmer l'agresseur ».1063Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2000, 11: AAS 92 (2000) 363. Le principe de souveraineté nationale ne peut pas être invoqué comme motif pour empêcher une intervention visant à défendre les victimes.1064Cf. Jean-Paul II, Discours au Corps Diplomatique (16 janvier 1993), 13: AAS 85 (1993) 1247-1248; Id., Discours prononcé à l'occasion de la Conférence internationale sur la Nutrition, organisée par la FAO et l'OMS (5 décembre 1992), 3: AAS 85 (1993) 922-923; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 9: AAS 96 (2004) 120. Les mesures adoptées doivent être mises en œuvre dans le plein respect du droit international et du principe fondamental de l'égalité entre les États. La Communauté internationale s'est également dotée d'une Cour Pénale Internationale pour punir les responsables d'actes particulièrement graves: crimes de génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et d'agression. Le Magistère n'a pas manqué d'encourager à maintes reprises cette initiative.1065Cf. Jean-Paul II, Angelus Domini (14 juin 1998): L'Osservatore Romano, éd. française, 16 juin 1998, p. 2; Id., Discours au Congrès mondial sur la pastorale des droits de l'homme (4 juillet 1998), 5: L'Osservatore Romano, éd. française, 14 juillet 1998, p. 5; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 7: AAS 91 (1999) 382; cf. aussi Pie XII, Discours au VIème Congrès international de droit pénal (3 octobre 1953): AAS 45 (1953) 730-744.

Notes

  1. 1058. Jean-Paul II, Angelus Domini (7 mars 1993), 4: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 mars 1993, p. 1; Id., Discours au Conseil des Ministres C.S.C.E. (30 novembre 1993), 4: AAS 86 (1994) 751.
  2. 1059. Jean-Paul II, Discours à l'Audience générale (11 août 1999): L'Osservatore Romano, éd. française, 24 août 1999, p. 10.
  3. 1060. Jean-Paul II, Message pour le Carême 1990, 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 20 février 1990, p. 1.
  4. 1061. Cf. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 7: AAS 91 (1999) 382; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2000, 7: AAS 92 (2000) 362.
  5. 1062. Jean-Paul II, Regina coeli (18 avril 1993), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 20 avril 1993, p. 1; cf. Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme, Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1998.
  6. 1063. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2000, 11: AAS 92 (2000) 363.
  7. 1064. Cf. Jean-Paul II, Discours au Corps Diplomatique (16 janvier 1993), 13: AAS 85 (1993) 1247-1248; Id., Discours prononcé à l'occasion de la Conférence internationale sur la Nutrition, organisée par la FAO et l'OMS (5 décembre 1992), 3: AAS 85 (1993) 922-923; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2004, 9: AAS 96 (2004) 120.
  8. 1065. Cf. Jean-Paul II, Angelus Domini (14 juin 1998): L'Osservatore Romano, éd. française, 16 juin 1998, p. 2; Id., Discours au Congrès mondial sur la pastorale des droits de l'homme (4 juillet 1998), 5: L'Osservatore Romano, éd. française, 14 juillet 1998, p. 5; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 7: AAS 91 (1999) 382; cf. aussi Pie XII, Discours au VIème Congrès international de droit pénal (3 octobre 1953): AAS 45 (1953) 730-744.