Le mouvement vers l'identification et la proclamation des droits de l'homme est un des efforts les plus importants pour répondre efficacement aux exigences irréductibles de la dignité humaine.302Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décl. Dignitatis humanae, 1: AAS 58 (1966) 929-930. L'Église saisit en ces droits une occasion extraordinaire qu'offre notre époque afin que, par leur affirmation, la dignité humaine soit plus efficacement reconnue et promue universellement comme caractéristique imprimée par le Dieu Créateur sur sa créature.303Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 41: AAS 58 (1966) 1059-1060; Congrégation pour l'Éducation Catholique, Orientations pour l'étude et l'enseignement de la doctrine sociale de l'Église dans la formation sacerdotale, 32, Typographie Polyglotte Vaticane, Rome 1988, pp. 38-39. Le Magistère de l'Église n'a pas manqué d'évaluer positivement la Déclaration universelle des droits de l'homme, proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, que Jean-Paul II a qualifiée de véritable « pierre milliaire placée sur la route longue et difficile du genre humain ».304Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies (2 octobre 1979), 7: L'Osservatore Romano, éd. française, 9 octobre 1979, p. 7. Pour Jean-Paul II, cette Déclaration « demeure l'une des expressions les plus hautes de la conscience humaine en notre temps »: Discours à l'Assemblée Générale des Nations Unies pour la célébration du 50ème anniversaire de sa fondation (5 octobre 1995), 2: L'Osservatore Romano, éd. française, 10 octobre 1995, p. 5.
De fait, la racine des droits de l'homme doit être recherchée dans la dignité qui appartient à chaque être humain.305Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 27: AAS 58 (1966) 1047-1048; Catéchisme de l'Église Catholique, 1930. Cette dignité, co-naturelle à la vie humaine et égale dans chaque personne, se perçoit et se comprend avant tout par la raison. Le fondement naturel des droits apparaît encore plus solide si, dans une lumière surnaturelle, on considère que la dignité humaine, après avoir été donnée par Dieu et avoir été profondément blessée par le péché, a été assumée et rachetée par Jésus-Christ à travers son incarnation, sa mort et sa résurrection.306Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 259; Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 22: AAS 58 (1966) 1079. La source ultime des droits de l'homme ne se situe pas dans une simple volonté des êtres humains,307Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 278-279. dans la réalité de l'État, dans les pouvoirs publics, mais dans l'homme lui-même et en Dieu son Créateur. Ces droits sont « universels, inviolables, inaliénables ».308Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 259. Universels, parce qu'ils sont présents dans tous les êtres humains, sans aucune exception de temps, de lieu et de sujets. Inviolables, en tant qu'« inhérents à la personne humaine et à sa dignité » 309Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 3: AAS 91 (1999) 379. et parce qu' « il serait vain de proclamer des droits, si l'on ne mettait en même temps tout en œuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ».310Paul VI, Message à la Conférence internationale des droits de l'homme (15 avril 1968): AAS 60 (1968) 285. Inaliénables, dans la mesure où « personne ne peut légitimement priver de ces droits l'un de ses semblables, quel qu'il soit, car cela signifierait faire violence à sa nature ».311Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 3: AAS 91 (1999) 379.
Les droits de l'homme doivent être protégés non seulement singulièrement, mais dans leur ensemble: leur protection partielle se traduirait par une sorte de manque de reconnaissance. Ils correspondent aux exigences de la dignité humaine et impliquent, en premier lieu, la satisfaction des besoins essentiels de la personne, dans les domaines matériel et spirituel: « Ces droits concernent toutes les étapes de la vie et tout contexte politique, social, économique ou culturel. Ils forment un ensemble unitaire, qui tend clairement à promouvoir tout aspect du bien de la personne et de la société. (...) La promotion intégrale de toutes les catégories de droits humains est la vraie garantie du plein respect de chacun des droits ».312Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 3: AAS 91 (1999) 379. Universalité et indivisibilité constituent les traits distinctifs des droits de l'homme: ce « sont deux principes de base qui exigent de toute manière d'intégrer les droits humains dans les différentes cultures, et aussi d'approfondir leur caractère juridique afin qu'ils soient pleinement respectés ».313Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1998, 2: AAS 91 (1998) 149.