L’Église reconnaît avec gratitude que « le mouvement vers l’identification et la proclamation des droits de l’homme est l’un des efforts les plus importants pour répondre efficacement aux exigences irréductibles de la dignité humaine ». 64Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 152. Et, comme l’a affirmé Jean-Paul II, la Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, continue à être aujourd’hui l’une des plus hautes expressions de la conscience humaine. 65Cf. Saint Jean-Paul II, Discours à la 50e Assemblée générale des Nations Unies (5 octobre 1995), n. 2 : Enseignements de Jean-Paul II, vol. XVIII/2, Cité du Vatican 1998, p. 731. Elle est « une pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité ». 66Id., Discours à la 34e Assemblée générale des Nations Unies (2 octobre 1979), n. 7 : AAS 71 (1979), pp. 1148. C’est pourquoi, dans la perspective chrétienne, les droits de l’homme ne sont pas un ajout extérieur à la personne, mais une traduction historique de sa dignité intrinsèque que la communauté internationale est appelée à protéger et à promouvoir.
Les droits de l’homme sont inviolables, car « inhérents à la personne et à sa dignité ». 67Id., Message pour la 32e Journée mondiale de la paix (1 er janvier 1999), n. 3 : AAS 91 (1999), p. 379. Par conséquent, ils sont universels et inaliénables. 68Cf. Saint Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963) , n. 5 : AAS 55 (1963), p. 259. Précisément parce qu’ils sont fondés sur la dignité commune de chaque homme et de chaque femme, ils ont des conséquences pratiques et des effets juridiques, car « il serait vain de proclamer des droits, si l’on ne mettait en même temps tout en œuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ». 69Saint Paul VI, Message à la Conférence internationale sur les droits de l’homme (15 avril 1968) : AAS 60 (1968), p. 285. Parmi eux, le premier droit humain est le droit à la vie, de sa conception à son terme naturel, 70Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Evangelium vitae (25 mars 1995), n. 2 : AAS 87 (1995), p. 402. sans lequel il est impossible d’exercer aucun autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’avortement provoqué, pour le meurtre d’innocents et pour l’euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites. 71Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes , n. 27 : AAS 58 (1966), pp. 1047-1048 ; Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Veritatis splendor, (6 août 1993), n. 80 : AAS 85 (1993), pp. 1197-1198 ; Id, Lett. enc. Evangelium vitae (25 mars 1995), nn. 7-28 : AAS 87 (1995), pp. 408-427.
En considérant notre époque, nous ne pouvons ignorer que la protection des droits de l’homme est aujourd’hui exposée à deux risques particulièrement graves. Le premier est celui d’une déclaration purement formelle de ces droits alors que, parallèlement au progrès technologique, les violations de la dignité humaine se répandent ouvertement ou de manière dissimulée. Le second, qui est en réalité à l’origine du premier, est celui de ne plus pouvoir reconnaître le fondement de leur universalité, parce qu’on a renoncé à la « recherche des fondements les plus solides de nos options ainsi que de nos lois ». 72François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 208 : AAS 112 (2020), p. 1043. Le Pape François invitait à ne pas sous-estimer ce dernier problème. Il rappelait que lorsque la raison se laisse sérieusement interroger sur la nature humaine, elle est capable de découvrir des valeurs qui s’appliquent à tous, car elles découlent de celle-ci. Si ce travail de recherche venait à être abandonné, il pourrait advenir que des droits aujourd’hui considérés comme intouchables finissent par être remis en question ou niés dans le futur par ceux qui détiennent le pouvoir, éventuellement après avoir obtenu un consentement seulement apparent de la part de populations effrayées ou manipulées. 73Cf. ibid., n. 209 : AAS 112 (2020), pp. 1043-1044.
Parallèlement à une prise de conscience accrue de la valeur de chaque personne humaine et de ses droits, la reconnaissance des droits des minorités s’est également développée. Il reste encore pourtant beaucoup à faire pour que partout dans le monde les droits d’un grand nombre, à savoir ceux des femmes, soient véritablement garantis de manière égale. C’est un fait, « doublement pauvres sont les femmes qui souffrent des situations d’exclusion, de maltraitance et de violence, parce que, souvent, elles se trouvent avec de plus faibles possibilités de défendre leurs droits ». 74Ibid., n. 23 : AAS 112 (2020), p. 977. Cf. Id., Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 212 : AAS 105 (2013), p. 1108. Il ne suffit donc pas d’affirmer en paroles que hommes et femmes ont la même dignité et les mêmes droits ; il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois, dans l’accès au travail, à l’éducation, aux responsabilités sociales et politiques, dans la manière dont la société écoute et valorise la contribution des femmes. Tant que cet écart persistera, nous ne pourrons pas dire que la société reconnaît véritablement, sans réserve, que les femmes ont la même dignité que les hommes.
Ce sont les personnes concrètes qui comptent, chacune, ainsi que leurs familles. Les mouvements sociaux, les grandes déclarations politiques en faveur du peuple et les idéologies communautaires ne servent à rien si elles ne s’orientent pas vers la promotion des personnes – hommes et femmes – avec leurs droits inaliénables. De même, il ne suffit pas de vanter la liberté individuelle ou l’initiative privée si l’on accepte ensuite qu’une multitude de personnes continue à vivre sans un travail décent, sans protection, sans accès aux biens fondamentaux.