Lorsque saint Claude de La Colombière prend connaissance des expériences de sainte Marguerite-Marie, il s’en fait immédiatement le défenseur et le diffuseur. Il a joué un rôle particulier dans la compréhension et la diffusion de cette dévotion au Sacré-Cœur, mais aussi dans son interprétation à la lumière de l’Évangile.
Certaines expressions de sainte Marguerite-Marie mal comprises pourraient conduire à une trop grande confiance dans les sacrifices et offrandes personnels. Or, saint Claude montre que la contemplation du Cœur du Christ, si elle est authentique, ne provoque pas de complaisance en soi-même ni de vaine gloire dans les expériences ou les efforts humains, mais un abandon indescriptible dans le Christ qui remplit la vie de paix, de sécurité et de résolutions. Cette confiance absolue, il l’a très bien exprimée dans une célèbre prière : « Pour moi, mon Dieu je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, je suis si persuadé qu’on ne peut manquer de rien quand on attend tout de vous, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes […]. Jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher […]. Que les uns attendent leur bonheur ou de leurs richesses, ou de leurs talents ; que les autres s’appuient ou sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leurs pénitences, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières, […] pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même : cette confiance ne trompe jamais personne […]. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de vous, ô mon Dieu, que je l’espère ». 119Sermon sur la confiance en Dieu : Œuvres du R.P. de La Colombière, t. 5, Lyon 1852, p. 100.
Saint Claude écrit une note en janvier 1677, précédée de quelques lignes évoquant la certitude qu’il a de sa mission : « J’ai reconnu que Dieu voulait que je le servisse en procurant l’accomplissement de ses désirs touchant la dévotion qu’Il a suggérée à une personne à qui Il se communique fort confidemment, et pour laquelle Il a bien voulu se servir de ma faiblesse ». 120Id., Retraite faite à Londres, 1-8 février 1677, Œuvres du R.P. de la Colombière, t.7, Avignon 1832, p. 93.
Il est important de noter comment, dans la spiritualité de La Colombière, se trouve une belle synthèse entre la riche et magnifique expérience spirituelle de sainte Marguerite-Marie et la contemplation très concrète des Exercices ignatiens. Il écrit au début de la troisième semaine du mois des Exercices : « Deux choses m’ont extrêmement touché. La première, c’est la disposition avec laquelle Jésus-Christ alla au-devant de ceux qui le cherchaient […]. Son cœur est plongé dans une horrible amertume, toutes les passions sont déchainées au-dedans de lui, toute la nature est déconcertée, et à travers tous ces désordres, toutes ces tentations, le cœur se porte droit à Dieu, ne fait pas un faux pas, ne balance point à prendre le parti que la vertu et la plus haute vertu lui suggère […]. La seconde chose, c’est la disposition de ce même cœur à l’égard de Judas qui le trahissait, des Apôtres qui l’abandonnaient lâchement, des Prêtres et des autres qui étaient les auteurs de la persécution qu’il souffrait ; il est certain que tout cela ne fut pas capable d’exciter en lui le moindre ressentiment de haine ou d’indignation […]. Je me représente donc ce cœur sans fiel, sans aigreur, plein d’une véritable tendresse pour ses ennemis ». 121Id., Retraite spirituelle faite à Lyon, octobre- novembre 1674 , op. cit., p. 45. Saint Charles de Foucauld et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus
Saint Charles de Foucauld et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont involontairement remodelé certains éléments de la dévotion au Cœur du Christ, nous aidant à la comprendre, toujours plus fidèlement à l’Évangile. Voyons comment cette dévotion s’est exprimée dans leur vie. Dans le prochain chapitre, nous reviendrons à eux pour montrer l’originalité de la dimension missionnaire qu’ils ont tous deux développée de manière différente.