Le Cœur du Christ est présent de différentes manières dans l’histoire de la spiritualité chrétienne. Dans la Bible et dans les premiers siècles de l’Église, il apparait sous la forme du côté blessé du Seigneur, comme source de grâce ou bien comme appel à une rencontre intime d’amour. Il ne cesse de réapparaître dans le témoignage de nombreux saints jusqu’à nos jours. Au cours des derniers siècles, cette spiritualité a pris la forme d’un véritable culte du Cœur du Seigneur.
Nombre de mes prédécesseurs ont évoqué le Cœur du Christ et, de manières très diverses, nous ont invités à nous unir à Lui. À la fin du XIX ème siècle, Léon XIII nous invita à nous consacrer à Lui, unissant dans sa proposition l’invitation à l’union avec le Christ à l’admiration de la splendeur de son amour infini. 69« Quoniamque inest in Sacro Corde symbolum atque expressa imago infinitae Iesu Christi caritatis, quae movet ipsa nos ad amandum mutuo, ideo consentaneum est dicare se Cordi eius augustissimo: quod tamen nihil est aliud quam dedere atque obligare se Iesu Christo […]. En alterum hodie oblatum oculis auspicatissimum divinissimumque signum: videlicet Cor Iesu sacratissimum, superimposita cruce, splendidissimo candore inter flammas elucens. In eo omnes collocandae spes: ex eo hominum petenda atque expectanda salus » (Lett. enc., Annum sacrum [25 mai 1899] : AAS 31 [1898-99], pp. 649, 651 : Denz. n. 3353). Une trentaine d’années plus tard, Pie XI présenta cette dévotion comme une synthèse de l’expérience de foi chrétienne. 70« Car ce signe éminemment propice et la forme de dévotion qui en découle ne renferment-ils point la synthèse de la religion et la norme d’une vie d’autant plus parfaite qu’elle achemine les âmes à connaître plus profondément et plus rapidement le Christ Seigneur, à l’aimer plus ardemment et à l’imiter avec plus d’application et plus d’efficacité ? » (Lett. enc. Miserentissimus Redemptor [8 mai 1928], n. 3 : AAS 20 (1928), p. 167). Pie XII affirma ensuite que le culte du Sacré-Cœur exprime de manière excellente, en une sublime synthèse, notre culte envers Jésus-Christ. 71« C’est par excellence un acte de la vertu de religion dans la mesure où il requiert de nous la volonté pleine et absolue de nous consacrer à l’amour du divin Rédempteur, dont le cœur blessé est le vivant témoignage et le signe […]. Et nous pouvons considérer en lui, non seulement le symbole, mais comme un résumé de tout le mystère de notre Rédemption. […] Le Christ montra expressément à plusieurs reprises son cœur comme le symbole qui conduira à reconnaître son amour ; et en même temps, il fit de son cœur un signe et un gage de miséricorde et de grâce pour les besoins de l’Église à notre époque ». (Lett. enc. Haurietis aquas [15 mai 1986], Proemio ; III ; IV : AAS 48 [1956], pp. 311, 336, 340).
Plus récemment, saint Jean-Paul II a présenté le développement de ce culte au cours des siècles passés comme une réponse à la croissance de formes de spiritualités rigoristes et désincarnées qui oubliaient la miséricorde du Seigneur, mais aussi comme un appel actuel à un monde qui cherche à se construire sans Dieu : « La dévotion au Sacré-Cœur, telle qu’elle s’est développée en Europe il y a deux siècles, sous l’impulsion des expériences mystiques de sainte Marguerite-Marie Alacoque, a été une réponse au rigorisme janséniste qui avait fini par ignorer la miséricorde infinie de Dieu. [...] L’homme de l’an 2000 a besoin du Cœur du Christ pour connaître Dieu et se connaître lui-même ; il en a besoin pour construire la civilisation de l’amour ». 72Catéchèse, 8 juin 1994, n. 2 : L’Osservatore Romano, 9 juin 1994, p. 5.
Benoît XVI a invité à reconnaître le Cœur du Christ comme une présence intime et quotidienne dans la vie de chacun : « Toute personne a besoin d’avoir un “centre” dans sa vie, une source de vérité et de bonté à laquelle puiser pour affronter les diverses situations et difficultés de la vie quotidienne. Chacun de nous, lorsqu’il fait silence, a besoin d’entendre non seulement les battements de son propre cœur, mais aussi, plus profondément, les battements d’une présence sûre, perceptible avec les sens de la foi et pourtant bien plus réelle : la présence du Christ, cœur du monde ». 73Angélus, 1 er juin 2008 : L’Osservatore Romano, 2-3 juin 2008, p. 1.