La dévotion au Cœur du Christ réapparaît dans l’itinéraire spirituel de nombreux saints très différents les uns des autres, et cette dévotion revêt chez chacun d’eux des aspects nouveaux. Saint Vincent de Paul, par exemple, disait que ce que Dieu veut, c’est le cœur : « Dieu demande principalement le cœur, le cœur, et c’est le principal. D’où vient qu’un qui n’aura pas de bien méritera plus que celui qui aura de grandes possessions auxquelles il renonce ? Parce que celui qui n’a rien y va avec plus d’affection ; et c’est ce que Dieu veut particulièrement... ». 148Conférence 132 “la pauvreté”, 13 août 1655 : S. Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, II Entretiens, t. 11, Paris, 1923, p. 247. Cela implique d’accepter d’unir son cœur à celui du Christ : « Une fille qui fait tout ce qu’elle peut faire pour mettre son cœur en état d’être uni à celui de Notre Seigneur, […] quelle bénédiction ne doit-elle pas espérer de Dieu ». 149Id., Conférence 89 “la Mortification, la correspondance, les repas, les sorties”, 9 décembre 1657 : S. Vincent de Paul Correspondance, Entretiens, Documents, II Entretiens, t. X, Paris 1923, p. 407.
Nous sommes parfois tentés de considérer ce mystère d’amour comme un fait admirable du passé, comme une belle spiritualité d’autrefois. Or nous devons toujours nous rappeler, comme le disait un saint missionnaire, que « ce cœur divin, qui a supporté d’être transpercé par une lance ennemie afin de répandre, par cette ouverture sacrée, les sacrements par lesquels l’Église a été formée, n’a jamais cessé d’aimer ». 150S. Daniele Comboni, Scritti, 3324 : Daniele Comboni, Gli scritti, Bologna 1991, p. 998. D’autres saints plus récents, comme saint Pio de Pietrelcina, sainte Teresa de Calcutta et bien d’autres, parlent avec profonde dévotion du Cœur du Christ. Et je voudrais aussi rappeler les expériences de sainte Faustine Kowalska qui propose à nouveau la dévotion au Cœur du Christ en mettant fortement l’accent sur la vie glorieuse du Ressuscité et sur la miséricorde divine. À la suite de quoi, motivé par ces expériences de cette sainte et puisant dans l’héritage spirituel de l’évêque saint Józef Sebastian Pleczar (1842-1924), 151Cf. Homélie de la messe de canonisation, 18 mai 2003 : L’Osservatore Romano, 19-20 mai 2003, p. 6. saint Jean-Paul II rattache étroitement sa réflexion sur la miséricorde à la dévotion au Cœur du Christ : « L’Église semble professer et vénérer d’une manière particulière la miséricorde de Dieu quand elle s’adresse au cœur du Christ. En effet, nous approcher du Christ dans le mystère de son cœur nous permet de nous arrêter sur ce point […] de la révélation de l’amour miséricordieux du Père, qui a constitué le contenu central de la mission messianique du Fils de l’homme ». 152Lett. enc. Dives in misericordia (30 novembre 1980), n. 13 : AAS 72 (1980), p. 1219. Le même saint Jean-Paul II, se référant au Sacré-Cœur, reconnait de façon très personnelle : « Il m’a parlé dès mon plus jeune âge ». 153Catéchèse, 20 juin 1979 : L’Osservatore Romano, 22 juin 1979, p. 1.
L’actualité de la dévotion au Cœur du Christ est manifeste en particulier dans l’œuvre évangélisatrice et éducative de nombreuses congrégations religieuses féminines et masculines qui ont été marquées, dès leurs origines, par cette expérience spirituelle christologique. Les citer toutes serait une tâche interminable. Voici seulement deux exemples pris au hasard : « Le Fondateur [S. Daniele Comboni] trouva dans le mystère du Cœur de Jésus la force de son engagement missionnaire ». 154Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus, Règle de vie, Constitutions et Directoire général, Rome 1988, 3. « Poussées par l’amour du Cœur de Jésus, nous cherchons à faire grandir les personnes dans leur dignité humaine, comme fils et filles de Dieu, à partir de l’Évangile et de ses exigences d’amour, de pardon, de justice et de solidarité avec les pauvres et les marginalisés ». 155Religieuses de la société du Sacré-Cœur, Constitutions de 1982, n. 7. De même, les sanctuaires consacrés au Cœur du Christ, répandus dans le monde entier, sont une source attirante de spiritualité et de ferveur. À tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se rendent en ces lieux de foi et de charité, j’adresse ma bénédiction paternelle.