TheoFonsAux sources de la foi

Amoris Laetitia

AL · François · 2016 · FR · 325 paragraphes · vatican.va ↗

« Les problématiques relatives aux mariages mixtes requièrent une attention spécifique. Les mariages entre catholiques et d’autres baptisés ‘‘présentent, tout en ayant une physionomie particulière, de nombreux éléments qu’il est bon de valoriser et de développer, soit pour leur valeur intrinsèque, soit pour la contribution qu’ils peuvent apporter au mouvement œcuménique’’. À cette fin, ‘‘on recherchera […] une cordiale collaboration entre le ministre catholique et le ministre non catholique, dès le moment de la préparation au mariage et des noces’’ (Familiaris consortio, n. 78). Au sujet du partage eucharistique, nous rappelons que ‘‘la décision d'admettre ou non la partie non-catholique du mariage à la communion eucharistique, est à prendre en accord avec les normes générales existant en la matière, tant pour les chrétiens orientaux que pour les autres chrétiens, et en tenant compte de cette situation particulière de la réception du sacrement de mariage chrétien par deux chrétiens baptisés. Bien que les époux d'un mariage mixte aient en commun les sacrements du baptême et du mariage, le partage eucharistique ne peut être qu'exceptionnel et l'on doit, en chaque cas, observer les normes indiquées.’’ (Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, Directoire pour l’Application des Principes et des Normes pour l’Œcuménisme, 25 mars 1993, 159-160) ».271Relatio finalis 2015, n. 72.

« Les mariages avec disparité de culte constituent un lieu privilégié de dialogue interreligieux […] [Ces mariages] comportent des difficultés particulières, tant à l’égard de l’identité chrétienne de la famille que de l’éducation religieuse des enfants […]. Le nombre de familles composées d’unions conjugales avec disparité de culte, en augmentation dans les territoires de mission mais aussi dans les pays de longue tradition chrétienne, rend urgent de pourvoir à la mise en œuvre d’une pastorale différenciée selon les différents contextes sociaux et culturels. Dans certains pays, où la liberté de religion n’existe pas, le conjoint chrétien est obligé de changer de religion pour pouvoir se marier et ne peut pas célébrer un mariage canonique en disparité de culte ni baptiser les enfants. Nous devons donc réaffirmer la nécessité que la liberté religieuse soit respectée à l’égard de tous ».272Ibid., n. 73. « Il faut apporter une attention particulière aux personnes qui s’unissent dans de tels mariages, et pas seulement durant la période précédant les noces. Les couples et les familles dans lesquels l’un des époux est catholique et l’autre est non-croyant affrontent des défis particuliers. Dans de tels cas, il est nécessaire de témoigner de la capacité de l’Évangile à pénétrer dans ces situations, afin de rendre possible l’éducation des enfants à la foi chrétienne ».273Ibid., n. 74.

« Une difficulté particulière existe pour l’accès au baptême des personnes qui se trouvent dans une situation matrimoniale complexe. Il s’agit de personnes qui ont contracté une union conjugale stable à un moment où au moins l’une d’elles ne connaissait pas encore la foi chrétienne. Dans ces cas-là, les évêques sont appelés à exercer un discernement pastoral adapté à leur bien spirituel ». 274Ibid., n. 75.

L’Église fait sienne l’attitude du Seigneur Jésus qui, dans un amour sans limite, s’est offert pour chaque personne sans exceptions.275Cf. Bulle Misericordiae Vultus, n. 12 : ASS 107 (2015), p. 407. Avec les Père synodaux, j’ai pris en considération la situation des familles qui vivent l’expérience d’avoir en leur sein des personnes manifestant une tendance homosexuelle, une expérience loin d’être facile tant pour les parents que pour les enfants. C’est pourquoi, nous désirons d’abord et avant tout réaffirmer que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter ‘‘toute marque de discrimination injuste » 276Catéchisme de l’Église catholique, n. 2358 ; cf. Relatio finalis 2015, n. 76. et particulièrement toute forme d’agression et de violence. Il s’agit, au contraire, d’assurer un accompagnement respectueux des familles, afin que leurs membres qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie.277Cf. Ibid.

Au cours des débats sur la dignité et la mission de la famille, les Pères synodaux ont fait remarquer qu’en ce qui concerne le « projet d’assimiler au mariage les unions entre personnes homosexuelles, il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille ». Il est inacceptable que « les Églises locales subissent des pressions en ce domaine et que les organismes internationaux conditionnent les aides financières aux pays pauvres à l’introduction de lois qui instituent le “mariage” entre des personnes de même sexe ».278Relatio finalis, n. 76 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance légale des unions entre personnes homosexuelles (3 juin 2003), n. 4.

Les familles monoparentales trouvent souvent leur origine dans les « mères ou pères biologiques qui n’ont jamais voulu s’intégrer dans la vie familiale, [les] situations de violence qu’un des parents à dû fuir avec les enfants, [le] décès d’un des parents, [l’]abandon de la famille de la part d’un des parents, et [d’]autres situations. Quelle que soit la cause, le parent qui habite avec l’enfant doit trouver soutien et réconfort auprès des autres familles qui forment la communauté chrétienne, ainsi qu’auprès des organismes pastoraux paroissiaux. [En outre], ces familles sont [souvent affectées] par la gravité des problèmes économiques, par l’incertitude liée à un travail précaire, par la difficulté de subvenir aux besoins des enfants, par le manque de logement ».279Ibid., n. 80. Quand la mort transperce de son aiguillon

Parfois la vie familiale est affectée par la mort d’un être cher. Nous ne pouvons pas nous lasser d’offrir la lumière de la foi afin d’accompagner les familles qui souffrent en ces moments.280Cf. ibid., n. 20. Abandonner une famille lorsqu’un décès l’afflige serait un manque de miséricorde, perdre une opportunité pastorale, et cette attitude peut nous fermer les portes pour quelque autre initiative d’évangélisation.

Je comprends l’angoisse de celui qui a perdu une personne très aimée, un conjoint avec lequel il a partagé beaucoup de choses. Jésus lui-même s’est ému et s’est mis à pleurer lors de la veillée funèbre d’un ami (cf. Jn 11, 33.35). Et comment ne pas comprendre les pleurs de celui qui a perdu un enfant ? Car c’est « comme si le temps s’arrêtait : un précipice s’ouvre, qui engloutit le passé et aussi l’avenir […]. Parfois, on arrive même à en attribuer la faute à Dieu. Combien de personnes — je les comprends — [s’en prennent à] Dieu ».281Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 18 juin 2015, p. 2. « Le veuvage est une expérience particulièrement difficile [...]. Au moment où ils doivent en faire l’expérience, certains parviennent à reverser leurs énergies, avec plus de dévouement encore, sur leurs enfants et petits-enfants, trouvant dans cette expression d’amour une nouvelle mission éducative […]. Ceux qui ne peuvent pas compter sur la présence de membres de la famille, auxquels se consacrer et dont ils peuvent recevoir affection et proximité, doivent être soutenus par la communauté chrétienne avec une attention et une disponibilité particulières, surtout s’ils se trouvent dans des conditions d’indigence ». 282Relatio finalis 2015, n. 19.

En général, le deuil pour les défunts peut durer longtemps, et lorsqu’un pasteur veut accompagner ce processus, il faut qu’il s’adapte aux besoins de chacune de ses étapes. Tout le processus est jalonné de questions, sur les causes de la mort, sur ce qu’on aurait dû faire, sur ce que vit une personne juste avant la mort. Grâce à un parcours sincère et patient de prière et de libération intérieure, la paix revient. À un certain moment du deuil, il faut aider à découvrir que nous qui avons perdu un être cher, nous avons encore une mission à accomplir, et que cela ne nous fait pas du bien de vouloir prolonger la souffrance, comme si elle constituait un hommage. La personne aimée n’a pas besoin de notre souffrance et ce n’est pas flatteur pour elle que nous ruinions nos vies. Ce n’est pas non plus la meilleure expression d’amour que de se souvenir d’elle et de la nommer à chaque instant, car c’est s’accrocher à un passé qui n’existe plus, au lieu d’aimer cet être réel qui maintenant est dans l’au-delà. Sa présence physique n’est plus possible, mais si la mort est une chose puissante, « l’amour est fort comme la mort » (Ct 8, 6). L’amour a une intuition qui lui permet d’écouter sans sons et de voir dans l’invisible. Il ne s’agit pas d’imaginer l’être aimé tel qu’il était, sans pouvoir l’accepter transformé, tel qu’il est à présent. Jésus ressuscité, lorsque son amie Marie a voulu l’embrasser de force, lui a demandé de ne pas le toucher (cf. Jn 20, 17), pour la conduire à une rencontre différente.

Nous sommes consolés de savoir que la destruction complète de ceux qui meurent n’existe pas, et la foi nous assure que le Ressuscité ne nous abandonnera jamais. Ainsi, nous pouvons empêcher la mort de « nous empoisonner la vie, de rendre vains nos liens d’affection, de nous faire tomber dans le vide le plus obscur ».283Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 18 juin 2015, p. 2. La Bible parle d’un Dieu qui nous a créés par amour, et qui nous a faits de telle manière que notre vie ne finit pas avec la mort (cf. Sg 3, 2-3). Saint Paul nous fait part d’une rencontre avec le Christ immédiatement après la mort : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ » (Ph 1, 23). Avec lui, après la mort, nous attend « ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1 Co 2, 9). La préface de la Liturgie des défunts dit merveilleusement : « Si la loi de la mort nous afflige, la promesse de l’immortalité nous apporte la consolation. Car pour ceux qui meurent en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ». En effet « nos proches n’ont pas disparu dans l’obscurité du néant : l’espérance nous assure qu’ils sont entre les mains bonnes et fortes de Dieu ».284Ibid.

Une façon de communiquer avec les proches décédés est de prier pour eux. 285Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 958. La Bible affirme que « prier pour les morts » est une pensée « sainte et pieuse » (2 M 12, 44-45). Prier pour eux « peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur ».286Ibid. L’Apocalypse présente les martyrs intercédant pour ceux qui subissent l’injustice sur terre (cf. Ap 6, 9-11), solidaires de ce monde en chemin. Certains saints, avant de mourir, consolaient leurs proches en leur promettant qu’ils seraient proches pour les aider. Sainte Thérèse de Lisieux faisait part de son désir de passer son Ciel à continuer de faire du bien sur la terre.287Cf. Thérèse de Lisieux, Derniers entretiens : Le “Carnet jaune” de Mère Agnès, 17 juillet 1897, dans : Oeuvres Complètes, éd. Cerf, Paris 1996, p. 1050. A ce sujet, est significatif le témoignage sur sainte Thérèse donné par ses consœurs concernant la promesse selon laquelle son départ de ce monde serait comme « une pluie de roses » (Ibid, 9 juin, p. 1013). Saint Dominique affirmait qu’« il serait plus utile après la mort […]. Plus puissant pour obtenir des grâces ».288Jourdain de Saxe, Libellus de principiis Ordinis predicatorum, n. 93 : Monumenta Historica Sancti Patris Nostri Dominici, XVI, Rome 1935, p. 69. Ce sont des liens d’amour,289Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 957. car « l’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence ; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels ».290Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 49.

Si nous acceptons la mort, nous pouvons nous y préparer. Le parcours est de grandir dans l’amour envers ceux qui cheminent avec nous, jusqu’au jour où « il n’y aura plus de mort, ni de pleur, ni de cri ni de peine » (Ap 21, 4). Ainsi, nous nous préparerons aussi à retrouver les proches qui sont morts. Tout comme Jésus a remis le fils qui était mort à sa mère (cf. Lc 7, 15), il en sera de même avec nous. Ne perdons pas notre énergie à rester des années et des années dans le passé. Mieux nous vivons sur cette terre, plus grand sera le bonheur que nous pourrons partager avec nos proches dans le ciel. Plus nous arriverons à mûrir et à grandir, plus nous pourrons leur apporter de belles choses au banquet céleste.

Notes

  1. 271. Relatio finalis 2015, n. 72.
  2. 272. Ibid., n. 73.
  3. 273. Ibid., n. 74.
  4. 274. Ibid., n. 75.
  5. 275. Cf. Bulle Misericordiae Vultus, n. 12 : ASS 107 (2015), p. 407.
  6. 276. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2358 ;cf. Relatio finalis 2015, n. 76.
  7. 277. Cf. Ibid.
  8. 278. Relatio finalis, n. 76 ;cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance légale des unions entre personnes homosexuelles (3 juin 2003), n. 4.
  9. 279. Ibid., n. 80.
  10. 280. Cf. ibid., n. 20.
  11. 281. Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 18 juin 2015, p. 2.
  12. 282. Relatio finalis 2015, n. 19.
  13. 283. Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 18 juin 2015, p. 2.
  14. 284. Ibid.
  15. 285. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 958.
  16. 286. Ibid.
  17. 287. Cf. Thérèse de Lisieux, Derniers entretiens : Le “Carnet jaune” de Mère Agnès, 17 juillet 1897, dans : Oeuvres Complètes, éd. Cerf, Paris 1996, p. 1050. A ce sujet, est significatif le témoignage sur sainte Thérèse donné par ses consœurs concernant la promesse selon laquelle son départ de ce monde serait comme « une pluie de roses » (Ibid, 9 juin, p. 1013).
  18. 288. Jourdain de Saxe, Libellus de principiis Ordinis predicatorum, n. 93 : Monumenta Historica Sancti Patris Nostri Dominici, XVI, Rome 1935, p. 69.
  19. 289. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 957.
  20. 290. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Église, n. 49.