TheoFonsAux sources de la foi

Amoris Laetitia

AL · François · 2016 · FR · 325 paragraphes · vatican.va ↗

« Fidèles à l’enseignement du Christ, nous regardons la réalité de la famille aujourd’hui dans toute sa complexité, avec ses lumières et ses ombres [...]. Le changement anthropologique et culturel influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et requiert une approche analytique et diversifiée ».9Relatio Synodi 2014, n. 5. Dans le contexte d’il y a plusieurs décennies, les évêques d’Espagne reconnaissaient déjà une réalité de la famille pourvue de plus de marge de liberté, « avec une répartition équitable de charges, de responsabilité et de taches […]. En valorisant davantage la communication personnelle entre les époux, on contribue à humaniser toute la cohabitation familiale […]. Ni la société dans laquelle nous vivons, ni celle vers laquelle nous cheminons ne permettent la pérennisation sans discernement de formes et de modèles du passé ».10Conférence Épiscopale Espagnole, Matrimonio y familia, (Madrid, 6 juillet 1979), nn. 3.16.23. Mais « nous sommes conscients de l’orientation principale des changements anthropologiques et culturels, en raison desquels les individus sont moins soutenus que par le passé par les structures sociales dans leur vie affective et familiale ».11Relatio finalis 2015, n. 5.

D’autre part, « il faut également considérer le danger croissant que représente un individualisme exaspéré qui dénature les liens familiaux et qui finit par considérer chaque membre de la famille comme une île, en faisant prévaloir, dans certains cas, l’idée d’un sujet qui se construit selon ses propres désirs élevés au rang d’absolu ».12Relatio Synodi 2014, n. 5. « Les tensions induites par une culture individualiste exacerbée, culture de la possession et de la jouissance, engendrent au sein des familles des dynamiques de souffrance et d’agressivité ».13Relatio finalis 2015, n. 8. Je voudrais ajouter le rythme de vie actuel, le stress, l’organisation sociale et l’organisation du travail, parce qu’ils sont des facteurs culturels qui font peser des risques sur la possibilité de choix permanents. En même temps, nous nous trouvons face à des phénomènes ambigus. Par exemple, on apprécie une personnalisation qui parie sur l’authenticité, au lieu de reproduire des comportements habituels. C’est une valeur qui peut promouvoir les différentes facultés et la spontanéité ; mais, mal orientée, elle peut créer des attitudes de suspicion permanente, de fuite des engagements, d’enfermement dans le confort, d’arrogance. La liberté de choisir permet de projeter sa vie et de cultiver le meilleur de soi-même, mais si elle n’a pas de nobles objectifs ni de discipline personnelle, elle dégénère en une incapacité à se donner généreusement. De fait, dans beaucoup de pays où le nombre de mariages diminue, le nombre de personnes qui décident de vivre seules ou qui ont une vie commune sans cohabiter, augmente. Nous pouvons aussi souligner l’admirable sens de la justice ; mais, mal compris, il transforme les citoyens en clients qui exigent seulement que des services soient assurés.

Si ces risques en viennent à affecter la conception de la famille, celle-ci peut se transformer en un lieu de passage, auquel on a recours quand cela semble convenir, ou bien où l’on va réclamer des droits, alors que les liens sont livrés à la précarité changeante des désirs et des circonstances. Au fond, il est facile aujourd’hui de confondre la liberté authentique avec l’idée selon laquelle chacun juge comme bon lui semble ; comme si, au-delà des individus il n’y avait pas de vérité, de valeurs ni de principes qui nous orientent, comme si tout était égal, et que n’importe quoi devait être permis. Dans ce contexte, l’idéal du mariage, avec son engagement d’exclusivité et de stabilité, finit par être laminé par des convenances circonstancielles ou par des caprices de la sensibilité. On craint la solitude, on désire un milieu de protection et de fidélité, mais en même temps grandit la crainte d’être piégé dans une relation qui peut retarder la réalisation des aspirations personnelles.

En tant que chrétiens nous ne pouvons pas renoncer à proposer le mariage pour ne pas contredire la sensibilité actuelle, pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité devant l’effondrement moral et humain. Nous priverions le monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter. Certes, rester dans une dénonciation rhétorique des maux actuels, comme si nous pouvions ainsi changer quelque chose, n’a pas de sens. Mais il ne sert à rien non plus d’imposer des normes par la force de l’autorité. Nous devons faire un effort plus responsable et généreux, qui consiste à présenter les raisons et les motivations d’opter pour le mariage et la famille, de manière à ce que les personnes soient mieux disposées à répondre à la grâce que Dieu leur offre.

En même temps, nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les convictions chrétiennes, et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction d’autocritique. D’autre part, nous avons souvent présenté le mariage de telle manière que sa fin unitive, l’appel à grandir dans l’amour et l’idéal de soutien mutuel ont été occultés par un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation. Nous n’avons pas non plus bien accompagné les nouveaux mariages dans leurs premières années, avec des propositions adaptées à leurs horaires, à leurs langages, à leurs inquiétudes les plus concrètes. D’autres fois, nous avons présenté un idéal théologique du mariage trop abstrait, presqu’artificiellement construit, loin de la situation concrète et des possibilités effectives des familles réelles. Cette idéalisation excessive, surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien au contraire !

Pendant longtemps, nous avons cru qu’en insistant seulement sur des questions doctrinales, bioéthiques et morales, sans encourager l’ouverture à la grâce, nous soutenions déjà suffisamment les familles, consolidions le lien des époux et donnions un sens à leur vie commune. Nous avons du mal à présenter le mariage davantage comme un parcours dynamique de développement et d’épanouissement, que comme un poids à supporter toute la vie. Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles.

Nous devons nous féliciter du fait que la plupart des gens valorisent les relations familiales qui aspirent à durer dans le temps et qui assurent le respect de l’autre. C’est pourquoi on apprécie que l’Église offre des espaces d’accompagnement et d’assistance pour les questions liées à la croissance de l’amour, la résolution des conflits ou l’éducation des enfants. Beaucoup apprécient la force de la grâce qu’ils expérimentent dans la Réconciliation sacramentelle et dans l’Eucharistie, qui leur permet de relever les défis du mariage et de la famille. Dans certains pays, spécialement en différentes parties de l’Afrique, la sécularisation n’a pas réussi à affaiblir certaines valeurs traditionnelles, et dans chaque mariage, se réalise une forte union entre deux familles élargies, où l’on garde encore un système bien défini de gestion des conflits et des difficultés. Dans le monde actuel, on apprécie également le témoignage des mariages qui, non seulement ont perduré dans le temps, mais qui continuent aussi à soutenir un projet commun et conservent l’amour. Cela ouvre la porte à une pastorale positive, accueillante, qui rend possible un approfondissement progressif des exigences de l’Évangile. Cependant, nous avons souvent été sur la défensive, et nous dépensons les énergies pastorales en multipliant les attaques contre le monde décadent, avec peu de capacité dynamique pour montrer des chemins de bonheur. Beaucoup ne sentent pas que le message de l’Église sur le mariage et la famille est un reflet clair de la prédication et des attitudes de Jésus, qui, en même temps qu’il proposait un idéal exigeant, ne renonçait jamais à une proximité compatissante avec les personnes fragiles, comme la samaritaine ou la femme adultère.

Cela ne signifie pas qu’il faut cesser de prendre en compte la décadence culturelle qui ne promeut pas l’amour et le don de soi. Les consultations préalables aux deux derniers Synodes ont mis en lumière divers symptômes de la ‘‘culture du provisoire’’. Je fais référence, par exemple, à la rapidité avec laquelle les personnes passent d’une relation affective à une autre. Elles croient que l’amour, comme dans les réseaux sociaux, peut se connecter et se déconnecter au gré du consommateur, y compris se bloquer rapidement. Je pense aussi à la peur qu’éveille la perspective d’un engagement stable, à l’obsession du temps libre, aux relations qui calculent les coûts et les bénéfices, et qui se maintiennent seulement si elles sont un moyen de remédier à la solitude, d’avoir une protection, ou de bénéficier de quelque service. Ce qui arrive avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations affectives : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite adieu ! Le narcissisme rend les personnes incapables de regarder au-delà d’elles-mêmes, de leurs désirs et de leurs besoins. Mais celui qui utilise les autres finit tôt ou tard par être utilisé, manipulé et abandonné avec la même logique. Il est significatif que les ruptures aient lieu souvent entre des personnes âgées qui cherchent une espèce d’‘‘autonomie’’, et rejettent l’idéal de vieillir ensemble en prenant soin l’un de l’autre et en se soutenant.

40 « Au risque de simplifier à l’extrême, nous pourrions dire que nous vivons dans une culture qui pousse les jeunes à ne pas fonder une famille, parce qu’il n’y a pas de perspectives d’avenir. Par ailleurs la même culture offre à d’autres tant d’options qu’ils sont aussi dissuadés de créer une famille ».14Discours au Congrès des États-Unis d’Amérique (24 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 1er octobre 2015, p. 12. Dans certains pays, de nombreux jeunes « sont souvent induits à repousser leur mariage pour des problèmes économiques, de travail ou d’études. Parfois aussi pour d’autres raisons, comme l’influence des idéologies qui dévaluent le mariage et la famille, l’expérience de l’échec d’autres couples qu’ils ne veulent pas risquer de vivre à leur tour, la peur de quelque chose qu’ils considèrent comme trop grand et trop sacré, les opportunités sociales et les avantages économiques qui découlent de la simple cohabitation, une conception purement émotionnelle et romantique de l’amour, la peur de perdre leur liberté et leur autonomie, le refus de quelque chose qui est conçu comme institutionnel et bureaucratique ».15Relatio finalis 2015, n. 29. Nous devons trouver les mots, les motivations et les témoins qui nous aident à toucher les fibres les plus profondes des jeunes, là où ils sont le plus capables de générosité, d’engagement, d’amour et même d’héroïsme, pour les inviter à accepter avec enthousiasme et courage le défi du mariage.

Les Pères synodaux ont fait allusion aux actuelles « tendances culturelles qui semblent imposer une affectivité sans limites […] une affectivité narcissique, instable et changeante qui n’aide pas toujours les sujets à atteindre une plus grande maturité » Ils se sont déclarés préoccupés par « une certaine diffusion de la pornographie et de la commercialisation du corps […], favorisée aussi par un usage incorrect d’internet » et « par la situation des personnes qui sont obligées de s’adonner à la prostitution ». Dans ce contexte, « les couples sont parfois incertains, hésitants et peinent à trouver les moyens de mûrir. Beaucoup sont ceux qui tendent à rester aux stades primaires de la vie émotionnelle et sexuelle. La crise du couple déstabilise la famille et peut provoquer, à travers les séparations et les divorces, de sérieuses conséquences sur les adultes, sur les enfants et sur la société, en affaiblissant l’individu et les liens sociaux ».16Relatio Synodi 2014, n. 10. Les crises du mariage sont « affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice. Ces échecs sont ainsi à l’origine de nouvelles relations, de nouveaux couples, de nouvelles unions et de nouveaux mariages, qui créent des situations familiales complexes et problématiques quant au choix de la vie chrétienne ».17IIIe Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, Message, 18 octobre 2014.

« Le déclin démographique, dû à une mentalité antinataliste et encouragé par les politiques mondiales en matière de santé reproductive, entraîne non seulement une situation où le renouvellement des générations n’est plus assuré, mais risque de conduire à terme à un appauvrissement économique et à une perte d’espérance en l’avenir. Le développement des biotechnologies a eu lui aussi un fort impact sur la natalité ».18Relatio Synodi 2014, n. 10. D’autres facteurs peuvent s’y ajouter comme « l’industrialisation, la révolution sexuelle, la crainte de la surpopulation, des problèmes économiques […]. La société de consommation peut aussi dissuader les personnes d’avoir des enfants, simplement pour préserver leur liberté et leur mode de vie ».19Relatio finalis 2015, n. 7. Il est vrai que la conscience droite des époux, quand ils ont été très généreux dans la communication de la vie, peut les orienter vers la décision de limiter le nombre d’enfants pour des raisons assez sérieuses ; mais aussi, « par amour de cette dignité de la conscience, l’Église rejette de toutes ses forces les interventions coercitives de l’État en faveur de la contraception, de la stérilisation ou même de l’avortement ».20Ibid., n. 63. Ces mesures sont inacceptables y compris dans des lieux à taux de natalité élevé ; mais il faut noter que les hommes politiques les encouragent aussi dans certains pays qui souffrent du drame d’un taux de natalité très bas. Comme l’ont indiqué les Évêques de Corée, c’est « agir de manière contradictoire en négligeant son propre devoir ».21Conférence des Évêques Catholiques de Corée, Towards a culture of life ! (15 mars 2007).

L’affaiblissement de la foi et de la pratique religieuse dans certaines sociétés affecte les familles et les laisse davantage seules avec leurs difficultés. Les Pères ont affirmé qu’« une des plus grandes pauvretés de la culture actuelle est la solitude, fruit de l’absence de Dieu dans la vie des personnes et de la fragilité des relations. Il existe aussi une sensation générale d’impuissance vis-à-vis de la situation socio-économique qui finit souvent par écraser les familles [...]. Souvent les familles se sentent abandonnées à cause du désintéressement et de la faible attention que leur accordent les institutions. Les conséquences négatives du point de vue de l’organisation sociale sont évidentes : de la crise démographique aux problèmes éducatifs, de la difficulté d’accueillir la vie naissante à l’impression de fardeau que représente la présence des personnes âgées, jusqu’au malaise affectif diffus qui aboutit parfois à la violence. L’État a la responsabilité de créer les conditions législatives et d’emploi pour garantir l’avenir des jeunes et les aider à réaliser leur projet de fonder une famille ».22Relatio Synodi 2014, n. 6.

Le manque d’un logement digne ou adéquat conduit souvent à retarder la formalisation d’une relation. Il faut rappeler que « la famille a droit à un logement décent, adapté à la vie familiale et proportionné au nombre de ses membres, dans un environnement assurant les services de base nécessaires à la vie de la famille et de la collectivité ».23Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), n. 11. Une famille et une maison sont deux choses qui vont de pair. Cet exemple montre que nous devons insister sur les droits de la famille, et pas seulement sur les droits individuels. La famille est un bien dont la société ne peut pas se passer, mais elle a besoin d’être protégée.24Cf. Relatio finalis 2015, nn. 11-12. La défense de ces droits est « un appel prophétique en faveur de l'institution familiale qui doit être respectée et défendue contre toute atteinte »,25Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), Intr. surtout dans le contexte actuel où elle occupe généralement peu de place dans les projets politiques. Les familles ont, parmi d’autres droits, celui de « pouvoir compter sur une politique familiale adéquate de la part des pouvoirs publics dans les domaines juridique, économique, social et fiscal ».26Ibid, n. 9. Parfois les angoisses des familles sont dramatiques quand, face à la maladie d’un être cher, elles n’ont pas accès aux services de santé adéquats, ou quand le temps passé sans trouver un emploi digne se prolonge. « Les contraintes économiques excluent l’accès des familles à l’éducation, à la vie culturelle et à la vie sociale active. Le système économique actuel produit diverses formes d’exclusion sociale. Les familles souffrent en particulier des problèmes liés au travail. Les possibilités pour les jeunes sont peu nombreuses et l’offre de travail est très sélective et précaire. Les journées de travail sont longues et souvent alourdies par de longs temps de trajet. Ceci n’aide pas les membres de la famille à se retrouver entre eux et avec leurs enfants, de façon à alimenter quotidiennement leurs relations ».27Relatio finalis 2015, n. 14.

« De nombreux enfants naissent en dehors du mariage, en particulier dans certains pays, et nombreux sont ceux qui grandissent ensuite avec un seul parent ou dans un contexte familial élargi ou reconstitué […]. L’exploitation sexuelle de l’enfance constitue, par ailleurs, une des réalités les plus scandaleuses et les plus perverses de la société actuelle. Les sociétés traversées par la violence à cause de la guerre, du terrorisme ou de la présence de la criminalité organisée, connaissent, elles aussi, des situations familiales détériorées, surtout dans les grandes métropoles et dans leurs banlieues où le phénomène dit des enfants des rues s’accroît ».28Relatio Synodi 2014, n. 8. L’abus sexuel des enfants devient encore plus scandaleux quand il se produit dans des lieux où ils doivent être protégés, en particulier en famille, à l’école et dans les communautés et institutions chrétiennes.29Cf. Relatio finalis 2015, n. 78.

« Les migrations représentent un autre signe des temps, qu’il faut affronter et comprendre, avec tout leur poids de conséquences sur la vie familiale ».30Relatio Synodi 2014, n. 8 Le dernier Synode a accordé une grande importance à cette problématique, en soulignant que « cela touche, avec des modalités différentes, des populations entières dans diverses parties du monde. L’Église a exercé un rôle de premier plan dans ce domaine. La nécessité de maintenir et de développer ce témoignage évangélique (cf. Mt 25, 35) apparaît aujourd’hui plus que jamais urgente [...]. La mobilité humaine, qui correspond au mouvement naturel historique des peuples, peut se révéler être une richesse authentique, tant pour la famille qui émigre que pour le pays qui l’accueille. Mais la migration forcée des familles est une chose différente, quand elle résulte de situations de guerre, de persécution, de pauvreté, d’injustice, marquée par les aléas d’un voyage qui met souvent en danger la vie, traumatise les personnes et déstabilise les familles. L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique [...]. Les migrations apparaissent particulièrement dramatiques et dévastatrices pour les familles et pour les individus quand elles ont lieu en dehors de la légalité et qu’elles sont soutenues par des circuits internationaux de traite des êtres humains. On peut en dire autant en ce qui concerne les femmes ou les enfants non accompagnés, contraints à des séjours prolongés dans des lieux de passage, dans des camps de réfugiés, où il est impossible d’entreprendre un parcours d’intégration. La pauvreté extrême, et d’autres situations de désagrégation, conduisent même parfois les familles à vendre leurs propres enfants à des réseaux de prostitution ou de trafic d’organes ».31Relatio finalis 2015, n. 23 ; cf. Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2016 (12 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 8 octobre 2015, p. 19. « Les persécutions des chrétiens, comme celles de minorités ethniques et religieuses dans diverses parties du monde, spécialement au Moyen-Orient, constituent une grande épreuve, non seulement pour l’Église, mais aussi pour la communauté internationale tout entière. Tout effort doit être soutenu pour faire en sorte que les familles et les communautés chrétiennes puissent rester sur leurs terres d’origine ».32Ibid., n. 24.

Les Pères ont aussi prêté une attention particulière « aux familles des personnes frappées par un handicap qui surgit dans la vie, qui engendre un défi, profond et inattendu, et bouleverse les équilibres, les désirs et les attentes [...]. Les familles qui acceptent avec amour l’épreuve difficile d’un enfant handicapé méritent une grande admiration. Elles donnent à l’Église et à la société un témoignage précieux de fidélité au don de la vie. La famille pourra découvrir, avec la communauté chrétienne, de nouveaux gestes et langages, de nouvelles formes de compréhension et d’identité, dans un cheminement d’accueil et d’attention au mystère de la fragilité. Les personnes porteuses de handicap constituent pour la famille un don et une opportunité pour grandir dans l’amour, dans l’aide réciproque et dans l’unité [...]. La famille qui accepte, avec un regard de foi, la présence de personnes porteuses de handicap pourra reconnaître et garantir la qualité et la valeur de toute vie, avec ses besoins, ses droits et ses opportunités. Elle sollicitera des services et des soins et favorisera une présence affectueuse dans toutes les phases de la vie ».33Ibid., n. 21. Je veux souligner que l’attention accordée, tant aux migrants qu’aux personnes diversement aptes, est un signe de l’Esprit. Car, les deux situations sont paradigmatiques : elles mettent spécialement en évidence la manière dont on vit aujourd’hui la logique de l’accueil miséricordieux et de l’intégration des personnes fragiles.

« La plupart des familles respectent les personnes âgées, elles les entourent d’affection et les considèrent comme une bénédiction. Ce que font les associations et les mouvements familiaux qui œuvrent en faveur des personnes âgées est particulièrement appréciable, aussi bien du point de vue spirituel que social [...]. Dans les sociétés hautement industrialisées, où leur nombre tend à augmenter alors que la natalité décroît, elles risquent d’être perçues comme un poids. D’autre part, les soins qu’elles requièrent mettent souvent leurs proches à dure épreuve ».34Ibid., n. 17. « Valoriser la dernière phase de la vie est aujourd’hui d’autant plus nécessaire qu’on tente le plus possible de refouler par tous les moyens le moment du trépas. La fragilité et la dépendance de la personne âgée sont parfois exploitées de façon inique pour de purs avantages économiques. De nombreuses familles nous enseignent qu’il est possible d’affronter les dernières étapes de la vie en mettant en valeur le sens de l’accomplissement et de l’intégration de l’existence tout entière dans le mystère pascal. Un grand nombre de personnes âgées est accueilli dans des structures ecclésiales où elles peuvent vivre dans un milieu serein et familial sur le plan matériel et spirituel. L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades ».35Ibid., n. 20.

Je veux souligner la situation des familles submergées par la misère, touchées de multiples manières, où les contraintes de la vie sont vécues de manière déchirante. Si tout le monde a des difficultés, elles deviennent plus dures dans une famille très pauvre.36Ibid., n. 15. Par exemple, si une femme doit élever seule son enfant, à cause d’une séparation – ou pour d’autres raisons – et doit travailler sans avoir la possibilité de le confier à une autre personne, il grandit dans un abandon qui l’expose à tout type de risques, et sa maturation personnelle s’en trouve compromise. Dans les situations difficiles que vivent les personnes qui sont le plus dans le besoin, l’Église doit surtout avoir à cœur de les comprendre, de les consoler, de les intégrer, en évitant de leur imposer une série de normes, comme si celles-ci étaient un roc, avec pour effet qu’elles se sentent jugées et abandonnées précisément par cette Mère qui est appelée à les entourer de la miséricorde de Dieu. Ainsi, au lieu de leur offrir la force régénératrice de la grâce et la lumière de l’Évangile, certains veulent en faire une doctrine, le transformer en « pierres mortes à lancer contre les autres ».37Discours de clôture de la 14e Assemblée Générale ordinaire du synode des Évêques (24 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 29 octobre 2015, p. 8.

Notes

  1. 9. Relatio Synodi 2014, n. 5.
  2. 10. Conférence Épiscopale Espagnole, Matrimonio y familia, (Madrid, 6 juillet 1979), nn. 3.16.23.
  3. 11. Relatio finalis 2015, n. 5.
  4. 12. Relatio Synodi 2014, n. 5.
  5. 13. Relatio finalis 2015, n. 8.
  6. 14. Discours au Congrès des États-Unis d’Amérique (24 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 1er octobre 2015, p. 12.
  7. 15. Relatio finalis 2015, n. 29.
  8. 16. Relatio Synodi 2014, n. 10.
  9. 17. IIIe Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, Message, 18 octobre 2014.
  10. 18. Relatio Synodi 2014, n. 10.
  11. 19. Relatio finalis 2015, n. 7.
  12. 20. Ibid., n. 63.
  13. 21. Conférence des Évêques Catholiques de Corée, Towards a culture of life ! (15 mars 2007).
  14. 22. Relatio Synodi 2014, n. 6.
  15. 23. Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), n. 11.
  16. 24. Cf. Relatio finalis 2015, nn. 11-12.
  17. 25. Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), Intr.
  18. 26. Ibid, n. 9.
  19. 27. Relatio finalis 2015, n. 14.
  20. 28. Relatio Synodi 2014, n. 8.
  21. 29. Cf. Relatio finalis 2015, n. 78.
  22. 30. Relatio Synodi 2014, n. 8
  23. 31. Relatio finalis 2015, n. 23 ;cf. Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2016 (12 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 8 octobre 2015, p. 19.
  24. 32. Ibid., n. 24.
  25. 33. Ibid., n. 21.
  26. 34. Ibid., n. 17.
  27. 35. Ibid., n. 20.
  28. 36. Ibid., n. 15.
  29. 37. Discours de clôture de la 14e Assemblée Générale ordinaire du synode des Évêques (24 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 29 octobre 2015, p. 8.