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Magnifica Humanitas

MH · Léon XIV · 2026 · FR · 245 paragraphes · vatican.va ↗

L’humanisme chrétien ne rejette pas la science et la technique, mais les assume avec gratitude et réalisme, et les inscrit “les pieds sur terre” dans une vocation plus élevée. L’intelligence créative de l’être humain est un don qui peut soulager les souffrances et ouvrir de nouvelles possibilités, mais elle doit rester au service du bien commun, de la justice, de la protection des plus fragiles et de la création. En ce sens, le véritable choix ne se situe pas entre l’enthousiasme et la peur, mais entre deux façons de construire : un progrès au service de la personne et des peuples, ou un progrès qui les soumet à des logiques de pouvoir. En fin de compte, la question décisive reste celle posée par saint Jean-Paul II : l’IA rend-elle« la vie humaine sur la terre “plus humaine” à tout point de vue ? La rend[-elle] plus “digne de l’homme” ? ». 138Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptor hominis, (4 mars 1979), n. 15 : AAS 71 (1979), pp. 286-287. Si la réponse est oui, alors nous pouvons y reconnaître une opportunité à accueillir avec responsabilité, dans un chemin de reconstruction patiente et partagée, sur le modèle de la renaissance de Jérusalem racontée dans le livre de Néhémie. Si, au contraire, la puissance grandit tandis que le cœur s’assèche et que les liens se rompent, alors nous sommes face à une nouvelle forme de Babel : une construction grandiose, mais inhumaine.

S’interroger sur cette possibilité de progrès et sur la manière dont nous l’interprétons et le vivons revient toujours, au fond, à nous interroger aussi sur notre cœur. La manière dont nous concevons et organisons nos relations, notre travail et nos institutions reflète en effet nos valeurs fondamentales et, en dernière analyse, découle de ce qui nous tient le plus à cœur. C’est un amour qui nous guide : ce que nous aimons vraiment, autant comme individus qu’en tant que société, oriente notre vie et notre agir. Saint Augustin décrit l’histoire humaine comme le théâtre d’une lutte entre deux amours, qui ont construit deux façons d’habiter le monde et de vivre ensemble, deux “cités” : d’un côté, l’amour de Dieu et du prochain ; de l’autre, l’amour uniquement de soi. « Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste ». 139Saint Augustin, De civitate Dei, XIV, 28 : CCSL 48, Turnhout 1955, p. 451. Comme dans toute l’histoire humaine, aujourd’hui encore ces deux amours se disputent la suprématie dans notre cœur. L’ère de l’IA n’échappe pas à cette règle : la construction de Babel ou celle de Jérusalem commence en chacun de nous.

Notes

  1. 138. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptor hominis, (4 mars 1979), n. 15 : AAS 71 (1979), pp. 286-287.
  2. 139. Saint Augustin, De civitate Dei, XIV, 28 : CCSL 48, Turnhout 1955, p. 451.