TheoFonsAux sources de la foi

Magnifica Humanitas

MH · Léon XIV · 2026 · FR · 245 paragraphes · vatican.va ↗

La Doctrine sociale de l’Église nous ramène au cœur même de notre foi : le mystère du Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ comme communion de Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, amour en relation qui se donne réciproquement et se communique au monde. 51Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, Cité du Vatican 2004, n. 32. Comme le rappelle le Concile, la personne humaine est invitée à la communion avec Dieu et ne peut « pleinement se trouver que par un don désintéressé d’elle-même » : 52Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 24 : AAS 58 (1966), p. 1045. sa vocation la plus profonde est d’entrer dans le mouvement trinitaire de l’amour reçu et partagé.

Si le mystère du Dieu-Amour est la source de la Doctrine sociale, c’est en Jésus-Christ, Verbe incarné, que nous en contemplons le visage le plus concret. En se faisant homme, le Fils de Dieu entre dans notre histoire et dans notre chair, en y apportant l’amour qui l’unit au Père et au Saint-Esprit. En Lui, « le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière », 53Ibid., n. 22 : AAS 58 (1966), p. 1042. car son humanité est pleinement libre, ouverte aux autres, capable de construire des relations solidaires et belles, vouée au don total de soi. Celui qui croit en Lui est associé à la grande œuvre de renouveau inaugurée par le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, et coopère à l’édification du Royaume de Dieu, en apprenant à accueillir chaque homme et chaque femme comme un frère ou une sœur, enfants d’un seul Père. Ainsi, tant l’annonce que l’expérience chrétienne, guidées par l’action de l’Esprit Saint, tendent à générer des conséquences sociales dans le monde. 54Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 38.

Au cœur de la vision chrétienne de l’être humain se trouve la grande affirmation selon laquelle l’homme et la femme sont créés à l’image et à la ressemblance du Dieu trinitaire (Cf. Gn 1, 26-27). Destinée par nature à la relation, chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. C’est pourquoi la personne humaine reste toujours « la route de l’Église » 55Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 14 : AAS 71 (1979), p. 284. et le cœur de tout cheminement authentique vers le développement humain intégral. 56Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 11 : AAS 101 (2009), pp. 647-648. L’égale dignité de tous les êtres humains

Saint Jean-Paul II affirmait que « le sens le plus aigu de la dignité de la personne humaine et de son unicité, comme aussi du respect dû au cheminement de la conscience, constitue une acquisition positive de la culture moderne ». 57Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Veritatis splendor (6 août 1993), n. 3 : AAS 85 (1993), p. 1159. Cette affirmation s’inscrit dans la lignée déjà tracée par le Concile Vatican II qui avait constaté une prise de conscience croissante de la dignité sublime de chaque personne, de sa valeur supérieure aux choses et de ses droits et devoirs universels et inviolables. 58Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes , n. 26 : AAS 58 (1966), pp. 1046-1047. Il est important de veiller à ce que cette prise de conscience croissante de la dignité humaine ne soit pas occultée sous la pression de nouvelles idéologies ou de certains intérêts très puissants dans le monde d’aujourd’hui. Parmi ces idéologies, je considère comme particulièrement insidieuse celle qui laisse entendre que chaque personne devrait mériter ou justifier sa propre valeur, au point d’attribuer un plus grand prix à celles qui sont les plus efficaces et les plus performantes. Dans une telle perspective, la personne finit par être réduite à un moyen pour obtenir des résultats, à une ressource à utiliser ou à exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi, jamais à instrumentaliser. Or la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit, et il existe des droits qui sont dus à tous du simple fait d’être des personnes. Aucun pouvoir humain ne peut légitimement les nier ou les limiter arbitrairement. 59Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1 er mai 1991), n. 11 : AAS 83 (1991), pp. 806-807.

Quand nous parlons de dignité, nous n’utilisons pas toujours ce mot de la même manière : nous faisons parfois référence à la dignité morale, c’est-à-dire à la manière dont une personne oriente ses choix et ses actes ; d’autres fois, nous pensons à la dignité sociale, c’est-à-dire aux conditions de vie de la personne et au respect concret que la société lui accorde ; dans d’autres cas encore, nous faisons référence à la dignité existentielle, c’est-à-dire à la manière dont une personne perçoit la valeur d’elle-même et de sa propre vie. Ces dimensions de la dignité peuvent croître ou diminuer. Au-delà de ces significations, cependant, il existe un niveau plus profond, le plus important qui consiste en la dignité ontologique. C’est la dignité qui appartient à chaque être humain du simple fait qu’il existe, qu’il a été voulu, créé et aimé par Dieu : 60Cf. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dignitas infinita (2 avril 2024), n. 7 : AAS 116 (2024), pp. 592-593. aucun péché, aucun échec, aucune humiliation, aucune exclusion ne peut porter atteinte à la valeur profonde d’une vie humaine que Lui-même a voulue et appelée à l’existence. 61Cf. ibid., n. 8 : AAS 116 (2024), pp. 593-594.

C’est pourquoi la dignité fondamentale de chaque personne ne s’acquiert pas, ne se mérite pas et n’a pas besoin d’être démontrée. La récente Déclaration Dignitas infinita a offert une synthèse des convictions de l’Église sur ce point : « Une dignité infinie, qui repose de manière inaliénable sur son être même, appartient à chaque personne humaine, au-delà de toute circonstance et quel que soit l’état ou la situation dans laquelle elle se trouve », 62Ibid., n. 1 : AAS 116 (2024), pp. 589-590. c’est-à-dire toujours et de manière inéluctable. Cette dignité de chaque être humain peut être qualifiée d’infinie, comme l’a fait saint Jean-Paul II, 63Cf. Saint Jean-Paul II, Angélus avec les personnes handicapées dans la cathédrale d’Osnabrück (16 novembre 1980) : Enseignements de Jean-Paul II, vol. III/2, Cité du Vatican 1980, p. 1232. pour deux raisons : parce que l’amour de Dieu qui l’appelle à l’amitié avec Lui est infini, et parce qu’elle est absolument inconditionnelle, en ce sens que, même en cherchant à l’infini, on ne trouvera jamais rien qui puisse la supprimer ou la réfuter.

Notes

  1. 51. Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, Cité du Vatican 2004, n. 32.
  2. 52. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 24 : AAS 58 (1966), p. 1045.
  3. 53. Ibid., n. 22 : AAS 58 (1966), p. 1042.
  4. 54. Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 38.
  5. 55. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 14 : AAS 71 (1979), p. 284.
  6. 56. Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 11 : AAS 101 (2009), pp. 647-648.
  7. 57. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Veritatis splendor (6 août 1993), n. 3 : AAS 85 (1993), p. 1159.
  8. 58. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes , n. 26 : AAS 58 (1966), pp. 1046-1047.
  9. 59. Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1 er mai 1991), n. 11 : AAS 83 (1991), pp. 806-807.
  10. 60. Cf. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dignitas infinita (2 avril 2024), n. 7 : AAS 116 (2024), pp. 592-593.
  11. 61. Cf. ibid., n. 8 : AAS 116 (2024), pp. 593-594.
  12. 62. Ibid., n. 1 : AAS 116 (2024), pp. 589-590.
  13. 63. Cf. Saint Jean-Paul II, Angélus avec les personnes handicapées dans la cathédrale d’Osnabrück (16 novembre 1980) : Enseignements de Jean-Paul II, vol. III/2, Cité du Vatican 1980, p. 1232.