TheoFonsAux sources de la foi

Magnifica Humanitas

MH · Léon XIV · 2026 · FR · 245 paragraphes · vatican.va ↗

Après avoir considéré le bien commun et la subsidiarité, je voudrais m’arrêter sur le principe de solidarité. Celui-ci tire son origine de la vision de la personne générée par la foi : chaque être humain est créé à l’image de Dieu et s’inscrit dans un réseau de relations qui le lient aux autres, aux peuples et à la création. Saint Paul VI rappelait que les obligations de solidarité, de justice et de charité sont enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle unissant les hommes et les peuples entre eux. 98Cf. Saint Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 17 : AAS 59 (1967), pp. 265-266. La fraternité n’est pas seulement une aspiration intérieure de celui qui croit, mais une forme sociale et politique à incarner dans des choix et des parcours partagés. La solidarité est donc la reconnaissance concrète de ce que le destin de chacun est lié au destin de tous : en effet, « personne ne se sauve tout seul ». 99François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), nn. 32 et 54 : AAS 112 (2020), pp. 980 et 988. Le lien étroit entre subsidiarité et solidarité apparaît ainsi évident. Lorsque la subsidiarité n’est pas accompagnée de solidarité, elle finit par se transformer en simple défense d’intérêts particuliers ; lorsque la solidarité n’est pas soutenue par la subsidiarité, elle dégénère en assistanat qui ne favorise pas la responsabilité. 100Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 58 : AAS 101 (2009), pp. 693-694. Cette imbrication renvoie également à la responsabilité d’une authentique participation : la solidarité s’exprime lorsque chacun, personnellement et avec les autres, prend part à la vie de la communauté – s’informe, s’associe, fait entendre sa voix, contribue aux décisions et aux choix publics – en assumant des responsabilités réelles afin que le bien commun se traduise en choix partagés.

Dans de nombreux domaines, nous faisons déjà l’expérience d’une sorte de “solidarité de fait” : nos vies sont étroitement liées, les économies et les communications mondiales font que ce qui se passe en un lieu a des répercussions lointaines, et les réseaux numériques relient en temps réel personnes et communautés aux quatre coins du monde. Ce tissu de relations n’est pourtant pas encore une solidarité au sens plein s’il ne devient pas un choix conscient. La foi nous invite à lire cette réalité comme un appel : nous ne sommes pas simplement proches les uns des autres, mais confiés les uns aux autres, afin que chacun prenne en charge, dans la mesure de ses moyens, la vie et les souffrances de son frère ou de sa sœur. La solidarité naît précisément lorsque nous décidons de ne pas rester indifférents face à ce qui arrive à notre prochain et que nous transformons des liens inévitables – économiques, culturels, technologiques – en voies de partage, de coopération et de soin mutuel, en apprenant à « penser et agir en termes de communauté ». 101François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n. 116 : AAS 112 (2020), p. 1009.

Le Magistère social a insisté sur le fait que la solidarité est à la fois un principe et une vertu. En tant que principe, elle exprime l’ordre objectif des relations entre personnes, groupes et peuples, et renvoie à la conscience d’une interdépendance selon laquelle le bien de chacun passe par le bien des autres. En tant que vertu, elle exige en revanche une « détermination ferme et persévérante » 102Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), p. 564. à œuvrer pour le bien commun, en accordant une attention particulière aux plus faibles. Le Pape François a rappelé que la solidarité est « une manière de faire l’histoire » 103François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n. 116 : AAS 112 (2020), p. 1009. qui construit des peuples et non de simples masses d’individus. C’est pourquoi elle implique des modes de vie sobres et partagés, la capacité à renoncer à des avantages immédiats pour ouvrir des perspectives d’avenir à d’autres, la disponibilité à remettre en question habitudes et privilèges – y compris en matière de consommation numérique et d’utilisation des technologies – lorsqu’ils empêchent les autres de vivre avec dignité.

Dans un monde marqué par des relations de plus en plus étroites entre les personnes, les communautés et les nations, la solidarité revêt également une dimension globale. Benoît XVI a vigoureusement rappelé le lien entre développement, justice et responsabilité envers les générations futures, soulignant que le développement authentique exige une solidarité intergénérationnelle 104Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 48 : AAS 101 (2009), p. 685. et une attention particulière aux liens qui nous unissent à l’environnement naturel. Aujourd’hui, cette responsabilité s’étend également aux infrastructures numériques ou d’information : tout comme l’environnement naturel, l’“écosystème numérique” peut être préservé ou exploité, partagé ou monopolisé. La solidarité exige que les choix en matière de données, d’algorithmes, de plateformes et d’intelligence artificielle tiennent compte non seulement de l’avantage immédiat de certains, mais aussi de l’impact sur l’ensemble des peuples comme sur les générations à venir.

Notes

  1. 98. Cf. Saint Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 17 : AAS 59 (1967), pp. 265-266.
  2. 99. François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), nn. 32 et 54 : AAS 112 (2020), pp. 980 et 988.
  3. 100. Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 58 : AAS 101 (2009), pp. 693-694.
  4. 101. François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n. 116 : AAS 112 (2020), p. 1009.
  5. 102. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), p. 564.
  6. 103. François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n. 116 : AAS 112 (2020), p. 1009.
  7. 104. Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 48 : AAS 101 (2009), p. 685.