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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Pour apprécier correctement cette méthode dans son état actuel, à convient de jeter un regard sur son histoire. Certains éléments de cette méthode d'interprétation sont très anciens. Ils ont été utilisés dans l'antiquité par des commentateurs grecs de la littérature classique et, plus tard, au cours de la période patristique, par des auteurs comme Origène, Jérôme et Augustin. La méthode était alors moins élaborée. Ses formes modernes sont le résultat de perfectionnements, apportés surtout depuis les humanistes de la Renaissance et leur recursus adfontes. Alors que la critique textuelle du Nouveau Testament n'a pu se développer comme discipline scientifique qu'à partir de 1800, après qu'on se fut détaché du Textus receptus, les débuts de la critique littéraire remontent au 17e siècle, avec l'oeuvre de Richard Simon, qui attira l'attention sur les doublets, les divergences dans le contenu et les différences de style observables dans le Pentateuque, constatations difficilement conciliables avec l'attribution de tout le texte à un auteur unique, Moïse. Au 18e siècle, Jean Astruc se contenta encore de donner comme explication que Moïse s'était servi de plusieurs sources (surtout de deux sources principales) pour composer le Livre de la Genèse, mais, par la suite, la critique contesta de plus en plus résolument l'attribution à Moïse même de la composition du Pentateuque. La critique littéraire s'identifia longtemps avec un effort pour discerner dans les textes diverses sources. C'est ainsi que se développa, au 19e siècle, l'hypothèse des "documents" qui cherche à rendre compte de la rédaction du Pentateuque. Quatre documents, en partie parallèles entre eux, mais provenant d'époques différentes, auraient été - fusionnés: le yahviste (J), l'élohiste (E), le deutéronomiste (D) et le sacerdotal (P: document des Prêtres); c'est de ce dernier que le rédacteur final se serait servi pour structurer l'ensemble. De manière analogue, pour expliquer à la fois les convergences et les divergences constatées entre les trois évangiles synoptiques, on eut recours à l'hypothèse des "deux sources" selon laquelle les évangiles de Matthieu et de Luc auraient été composés à partir de deux sources principales: l'évangile de Marc, d'une part, et, d'autre part, un recueil de paroles de Jésus (nommé Q, de l'allemand "Quelle", "source"). Pour l'essentiel, ces deux hypothèses ont encore cours actuellement dans l'exégèse scientifique, mais elles y font l'objet de contestations.

Dans le désir d'établir la chronologie des textes bibliques, ce genre de critique littéraire se limitait à un travail de découpage et de décomposition pour distinguer les diverses sources et n'accordait pas une attention suffisante à la structure finale du texte biblique et au message qu'il exprime dans son état actuel (on montrait peu d'estime pour l'oeuvre des rédacteurs). De ce fait, l'exégèse historico-critique pouvait apparaître comme dissolvante et destructrice, d'autant plus que certains exégètes, sous l'influence de l'histoire comparée des religions, telle qu'elle se pratiquait alors, ou en partant de conceptions philosophiques, émettaient contre la Bible des jugements négatifs.

Hermann Gunkel fit sortir la méthode du ghetto de la critique littéraire comprise de cette façon. Bien qu'il continuât à considérer les livres du Pentateuque comme des compilations, à appliqua son attention à la texture particulière des différents morceaux. Il chercha à définir le genre de chacun (par ex. "légende" ou "hymne") et leur milieu d'origine ou "Sitz im Leben" (par ex. situation juridique, liturgie, etc.). A cette recherche des genres littéraires s'apparente l'étude critique des formes ("Formgeschichte") inaugurée dans l'exégèse des synoptiques par Martin Dibelius et Rudolf Bultmann. Ce dernier mêla aux études de "Formgeschichte" une herméneutique biblique inspirée de la philosophie existentialiste de Martin Heidegger. Il s'ensuivit que la Formgeschichte a souvent suscité de sérieuses réserves. Mais cette méthode, en elle-même, a eu comme résultat de manifester plus clairement que la tradition néotestamentaire a eu son origine et a pris sa forme dans la communauté chrétienne, ou Église primitive, passant de la prédication de jésus lui-même à la prédication qui proclame que Jésus est le Christ. A la "Formgeschichte" s'est ajoutée la "Redaktionsgeschichte", "étude critique de la rédaction". Celleci cherche à mettre en lumière la contribution personnelle de chaque évangéliste et les orientations théologiques qui ont guidé son travail de rédaction. Avec l'utilisation de cette dernière méthode la série des différentes étapes de la méthode historico-critique est devenue plus complète: de la critique textuelle on passe à une critique littéraire qui décompose (recherche des sources), puis à une étude critique des formes, enfin à une analyse de la rédaction, qui est attentive au texte dans sa composition. C'est ainsi qu'est devenue possible une compréhension plus nette de l'intention des auteurs et rédacteurs de la Bible, ainsi que du message qu'ils ont adressé aux premiers destinataires. La méthode historicocritique a acquis par là une importance de premier plan.