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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Guidée par le Saint Esprit et à la lumière de la Tradition vivante qu'elle a reçue l'Église a discerné les écrits qui doivent être regardés comme Écriture Sainte en ce sens que, " ayant été écrits sous l'inspiration du Saint Esprit, ils ont Dieu pour auteur, ont été transmis comme tels à l'Église " (Dei Verbum, 11) et contiennent " la vérité que Dieu pour notre salut a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées " (ibid.).

Le discernement d'un "canon" des Saintes Écritures a été l'aboutissement d'un long processus. Les communautés de l'Ancienne Alliance (depuis des groupes particuliers, comme les cercles prophétiques ou le milieu sacerdotal, jusqu'à l'ensemble du peuple) ont reconnu dans un certain nombre de textes la Parole de Dieu qui suscitait leur foi et les guidait dans la vie; elles ont reçu ces textes comme un patrimoine à garder et à transmettre. Ainsi ces textes ont cessé d'être simplement l'expression de l'inspiration d'auteurs particuliers; ils sont devenus propriété commune du peuple de Dieu. Le Nouveau Testament atteste sa vénération pour ces textes sacrés, qu'il reçoit comme un précieux héritage transmis par le peuple juif. Il les regarde comme les "Écritures Saintes" (Rm 1,2), "inspirées" par l'Esprit de Dieu (2 Tm 3,16; cf 2 P 1,20-21), qui "ne peuvent être abolies'' (Jn 10,35).

A ces textes qui forment "l'Ancien Testament" (cf 2 Co 3,14), l'Église a uni étroitement les écrits où elle a reconnu, d'une part, le témoignage authentique, provenant des apôtres (cf Lc 1,2; 1 Jn 1,1-3) et garanti par l'Esprit Saint (cf 1 P 1,12), sur "tout ce que Jésus s'était mis à faire et à enseigner" (Ac 1,1) et, d'autre part, les instructions données par les apôtres eux-mêmes et d'autres disciples pour constituer la communauté des croyants. Cette double série d'écrits a reçu, par la suite, le nom de "Nouveau Testament".

Dans ce processus, de nombreux facteurs ont joué un rôle: la certitude que Jésus - et les apôtres avec lui - avait reconnu l'Ancien Testament comme Écriture inspirée et que son mystère pascal en constituait l'accomplissement; la conviction que les écrits du Nouveau Testament proviennent authentiquement de la prédication apostolique (ce qui n'implique pas qu'ils aient tous été composés par les apôtres eux-mêmes); la constatation de leur conformité avec la règle de la foi et celle de leur usage dans la liturgie chrétienne; l'expérience, enfin, de leur accord avec la vie ecclésiale des communautés et de leur capacité de nourrir cette vie.

En discernant le canon des Écritures, l'Église discernait aussi et définissait sa propre identité, de sorte que les Écritures sont désormais un miroir dans lequel l'Église peut constamment redécouvrir son identité et vérifier, siècle après siècle, la façon dont elle répond sans cesse à l'évangile et dont elle se dispose elle-même à en être le moyen de transmission (cf Dei Verbum, 7). Cela confère aux écrits canoniques une valeur salvifique et théologique complètement différente de celle d'autres textes anciens. Si ces derniers peuvent jeter beaucoup de lumière sur les origines de la foi, ils ne peuvent jamais se substituer à l'autorité des écrits considérés comme canoniques et donc fondamentaux pour l'intelligence de la foi chrétienne.