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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Les rapports intertextuels prennent une densité extrême dans les écrits du Nouveau Testament, tout pétris d'allusions à l'Ancien Testament et de citations explicites. Les auteurs du Nouveau Testament reconnaissent à l'Ancien Testament valeur de révélation divine. Ils proclament que cette révélation a trouvé son accomplissement dans la vie, l'enseignement et surtout la mort et la résurrection de Jésus, source de pardon et de vie éternelle. "Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures et a été enseveli; il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et il est apparu..." (1 Co 15,3-5): tel est le noyau central de la prédication apostolique (1 Co 15,11).

Comme toujours, entre les Écritures et les événements qui les accomplissent, les rapports ne sont pas de simple correspondance matérielle, mais d'illumination réciproque et de progrès dialectique: on constate à la fois que les Écritures révèlent le sens des événements et que les événements révèlent le sens des Écritures, c'est-à-dire qu'ils obligent à renoncer à certains aspects de l'interprétation reçue, pour adopter une interprétation nouvelle.

Dès le temps de son ministère public, Jésus avait pris une position personnelle originale, différente de l'interprétation reçue à son époque, qui était celle "des scribes et des pharisiens" (Mt 5,20). Nombreux en sont les témoignages: les antithèses du Sermon sur la montagne (Mt 5,21- 48), la liberté souveraine de Jésus dans l'observance du sabbat (Mc 2,27-28 et par.), sa façon de relativiser les préceptes de pureté rituelle (Mc 7,1-23 et par.), son exigence radicale, au contraire, en d'autres domaines (Mt 10,2-12 et par.; 10,17-27 et par.) et surtout son attitude d'accueil envers "les publicains et les pécheurs" (Mc 2,15-17 et par.). Ce n'était pas de sa part caprice de contestataire, mais, au contraire, fidélité plus profonde à la volonté de Dieu exprimée dans l'Écriture (cf Mt 5,17;9,13; Mc 7,8-13 et par.; 10,5-9 et par.).

La mort et la résurrection de Jésus ont poussé à l'extrême l'évolution commencée, en provoquant, sur certains points, une rupture complète, en même temps qu'une ouverture inattendue. La mort du Messie, "roi des Juifs" (Mc 15,26 et par.), a provoqué une transformation de l'interprétation terrestre des psaumes royaux et des oracles messianiques. Sa résurrection et sa glorification céleste comme Fils de Dieu ont donné à ces mêmes textes une plénitude de sens inconcevable auparavant. Des expressions qui semblaient hyperboliques doivent désormais être prises à la lettre. Elles apparaissent comme préparées par Dieu pour exprimer la gloire du Christ Jésus, car Jésus est vraiment "Seigneur" (Ps 110,1) au sens le plus fort du terme (Ac 2,36; Ph 2,10-11; He 1,10-12); il est le Fils de Dieu (Ps 2,7; Mc 14,62; Rm 1,3-4), Dieu avec Dieu (Ps 45,7; He 1,8; Jn 1,1;20,28); "son règne n'aura pas de fin" (Lc 1,32-33; cf 1 Ch 17,11-14; Ps 45,7; He 1,8) et il est en même temps "Prêtre pour l'éternité" (Ps 110,4; He 5,6-10;7,23-24).

C'est à la lumière des événements de Pâques que les auteurs du Nouveau Testament ont relu l'Ancien Testament. L'Esprit Saint envoyé par le Christ glorifié (cf Jn 15,26;16,7) leur en a fait découvrir le sens spirituel. Ils ont été ainsi conduits à affirmer plus que jamais la valeur prophétique de l'Ancien Testament, mais aussi à relativiser fortement sa valeur d'institution salvifique. Ce second point de vue, qui apparaît déjà dans les évangiles (cf Mt 11,11-13 et par.; 12,41-42 et par.; Jn 4,12-14;5,37;6,32), éclate avec vigueur dans certaines lettres pauliniennes ainsi que dans l'épître aux Hébreux. Paul et l'auteur de l'épître aux Hébreux démontrent que la Torah, en tant que révélation, annonce elle-même sa propre fin comme système législatif (cf Ga 2,15-5,1; Rm 3,20-21;6,14; He 7,11-19;10,8-9). Il s'ensuit que les païens qui adhèrent à la foi au Christ n'ont pas à être soumis à tous les préceptes de la législation biblique, désormais réduite, dans son ensemble, au statut d'institution légale d'un peuple particulier. Mais ils ont à se nourrir de l'Ancien Testament comme Parole de Dieu, qui leur permet de mieux découvrir toutes les dimensions du mystère pascal dont ils vivent (cf Lc 24,25-27.44-45; Rm 1,1-2).

A l'intérieur de la Bible chrétienne, les rapports entre Nouveau Testament et Ancien Testament ne manquent donc pas de complexité. Quand il s'agit de l'utilisation de textes particuliers, les auteurs du Nouveau Testament ont naturellement recours aux connaissances et aux procédés d'interprétation de leur époque. Exiger d'eux qu'il se soient conformés aux méthodes scientifiques modernes serait un anachronisme. L'exégète doit bien plutôt acquérir la connaissance des procédés anciens, pour pouvoir interpréter correctement l'usage qui en est fait. Il est vrai, d'autre part, qu'il n'a pas à accorder une valeur absolue à ce qui est connaissance humaine limitée.

Il convient enfin d'ajouter qu'à l'intérieur du Nouveau Testament, comme déjà à l'intérieur de l'Ancien Testament, on observe la juxtaposition de perspectives différentes et parfois en tension les unes avec les autres, par exemple sur la situation de Jésus (Jn 8,29;16,32 et Mc 15,34) ou sur la valeur de la Loi mosaïque (Mt 5,17-19 et Rm 6,14) ou sur la nécessité des oeuvres pour être justifié (Jc 2,24 et Rm 3,28; Ep 2,8-9). Une des caractéristiques de la Bible est précisément l'absence d'esprit de système et la présence, au contraire, de tensions dynamisantes. La Bible a accueilli plusieurs façons d'interpréter les mêmes événements ou de penser les mêmes problèmes. Elle invite ainsi à refuser le simplisme et l'étroitesse d'esprit.