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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Constatant que la méthode historico-critique éprouve parfois des difficultés à atteindre, dans ses conclusions, le niveau théologique, l'approche "canonique", née aux états-Unis il y a une vingtaine d'années, entend mener à bien une tâche théologique d'interprétation, en partant du cadre explicite de la foi: la Bible dans son ensemble.

Pour ce faire, elle interprète chaque texte biblique à la lumière du Canon des Écritures, c'est-àdire de la Bible en tant que reçue comme norme de foi par une communauté de croyants. Elle cherche à situer chaque texte à l'intérieur de l'unique dessein de Dieu, dans le but d'aboutir à une actualisation de l'Écriture pour notre temps. Elle ne prétend pas se substituer à la méthode historico-critique, mais elle souhaite la compléter.

Deux points de vue différents ont été proposés:

Brevard S. Childs centre son intérêt sur la forme canonique finale du texte (livre ou collection), forme acceptée par la communauté comme faisant autorité pour exprimer sa foi et diriger sa vie.

Plus que sur la forme finale et stabilisée du texte, James A. Sanders porte son attention sur le "processus canonique" ou développement progressif des Écritures auxquelles la communauté croyante a reconnu une autorité normative. L'étude critique de ce processus examine comment les anciennes traditions ont été réutilisées dans de nouveaux contextes, avant de constituer un tout à la fois stable et adaptable, cohérent et unissant des données divergentes, dans lequel la communauté de foi puise son identité. Des procédés herméneutiques ont été mis en oeuvre au cours de ce processus et le sont encore après la fixation du canon; ils sont souvent de genre midrashique, servant à actualiser le texte biblique. Elles favorisent une constante interaction entre la communauté et ses Écritures, faisant appel à une interprétation qui vise à rendre contemporaine la tradition.

L'approche canonique réagit avec raison contre la valorisation exagérée de ce qui est supposé être originel et primitif, comme si cela seul était authentique. L'Écriture inspirée est bien l'Écriture telle que l'Église l'a reconnue comme règle de sa foi. On peut insister, à ce propos, soit sur la forme finale dans laquelle se trouve actuellement chacun des livres, soit sur l'ensemble qu'ils constituent comme Canon. Un livre ne devient biblique qu'à la lumière du Canon tout entier.

La communauté croyante est effectivement le contexte adéquat pour l'interprétation des textes canoniques. La foi et l'Esprit Saint y enrichissent l'exégèse; l'autorité ecclésiale, qui s'exerce au service de la communauté, doit veiller ce que l'interprétation reste fidèle à la grande Tradition qui a produit les textes (cf. Dei Verbum, 10).

L'approche canonique se trouve aux prises avec plus d'un problème, surtout lorsqu'elle cherche à définir le "processus canonique". A partir de quand peut-on dire qu'un texte est canonique? Il semble admissible de le dire dès que la communauté attribue à un texte une autorité normative, même avant la fixation définitive de ce texte. On peut parler d'une herméneutique "canonique" dès lors que la répétition des traditions, qui s'effectue en tenant compte des aspects nouveaux de la situation (religieuse, culturelle, théologique), maintient l'identité du message. Mais une question se pose: le processus d'interprétation qui a conduit à la formation du Canon doit-il être reconnu comme règle d'interprétation de l'Écriture jusqu'à nos jours?

D'autre part, les rapports complexes entre le Canon juif des Écritures et le Canon chrétien suscitent de nombreux problèmes pour l'interprétation. L'Église chrétienne a reçu comme "Ancien Testament" les écrits qui avaient autorité dans la communauté juive hellénistique, mais certains de ceux-ci sont absents de la Bible hébraïque ou s'y présentent sous une forme différente. Le corpus est donc différent. De ce fait, l'interprétation canonique ne peut être identique, puisque chaque texte doit se lire en relation avec l'ensemble du corpus. Mais, surtout, l'Église fit l'Ancien Testament à la lumière de l'événement pascal, - mort et résurrection du Christ Jésus, - qui apporte une radicale nouveauté et donne, avec une autorité souveraine, un sens décisif et définitif aux Écritures (cf. Dei Verbum, 4). Cette nouvelle détermination de sens fait partie intégrante de la foi chrétienne. Elle ne doit pourtant pas ôter toute consistance à l'interprétation canonique antérieure, celle qui a précédé la Pâque chrétienne, car il faut respecter chaque étape de l'histoire du salut. Vider de sa substance l'Ancien Testament serait priver le Nouveau Testament de son enracinement dans l'histoire.