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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Dès les premiers temps, on a compris que le même Esprit Saint, qui a poussé les auteurs du Nouveau Testament à mettre par écrit le message du salut (Dei Verbum, 7; Dei Verbum, 18), apporte également à l'Église une assistance continuelle pour l'interprétation de ses écrits inspirés (cf Irénée, Adv. Haer. 3.24. 1; cf 3. 1. 1; 4.33.8; Origène, De Princ., 2.7.2; Tertullien, De Praescr., 22).

Les Pères de l'Église, qui ont eu un rôle particulier dans le processus de formation du canon, ont semblablement un rôle fondateur par rapport à la tradition vivante qui sans cesse accompagne et guide la lecture et l'interprétation que l'Église fait des Écritures (cf Providentissimus EB 110 -111; Divino Afflante Spititu, 2 8 -3 0, EB 554; Dei Verbum, 23; PCB, Instr. de Evang. histor., 1). Dans le courant de la grande Tradition, la contribution particulière de l'exégèse patristique consiste en ceci: elle a tiré de l'ensemble de l'Écriture les orientations de base qui ont donné forme à la tradition doctrinale de l'Église et elle a fourni un riche enseignement théologique pour l'instruction et la nourriture spirituelle des fidèles.

Chez les Pères de l'Église, la lecture de l'Écriture et son interprétation occupent une place considérable. En témoignent d'abord les oeuvres directement liées à l'intelligence des Écritures, à savoir les homélies et les commentaires, mais aussi les oeuvres de controverse et de théologie, où l'appel à l'Écriture sert d'argument principal.

Le lieu habituel de la lecture biblique est l'Église, au cours de la liturgie. C'est pourquoi l'interprétation proposée est toujours de nature théologique, pastorale et théologale, au service des communautés et des croyants individuels.

Les Pères considèrent la Bible avant tout comme le Livre de Dieu, ouvrage unique d'un unique auteur. Ils ne réduisent pas pour autant les auteurs humains à n'être que des instruments passifs et ils savent assigner à tel ou tel livre, individuellement pris, un but singulier. Mais leur type d'approche n'accorde qu'une faible attention au développement historique de la révélation. De nombreux Pères de l'Église présentent le Logos, Verbe de Dieu, comme auteur de l'Ancien Testament et affirment ainsi que toute l'Écriture a une portée christologique.

Sauf certains exégètes de l'école d'Antioche (Théodore de Mopsueste tout particulièrement), les Pères se sentent autorisés à prendre une phrase en dehors de son contexte pour y reconnaître une vérité révélée par Dieu. Dans l'apologétique face aux Juifs ou dans la controverse dogmatique avec d'autres théologiens, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur des interprétations de ce genre.

Préoccupés avant tout par le souci de vivre de la Bible en communion avec leurs frères, les Pères se contentent souvent d'utiliser le texte biblique courant dans leur milieu. En s'intéressant méthodiquement à la Bible hébraïque, Origène est surtout animé par le souci d'argumenter face aux juifs à partir de textes acceptables à ces derniers. En exaltant l'hebraica veritas, S. Jérôme fait figure de marginal.

Les Pères pratiquent de façon plus ou moins fréquente la méthode allégorique, afin de dissiper le scandale que pourraient ressentir certains chrétiens et les adversaires païens du christianisme devant tel ou tel passage de la Bible. Mais la littéralité et l'historicité des textes sont très rarement évacuées. Le recours des Pères à l'allégorie dépasse généralement le phénomène d'une adaptation à la méthode allégorique des auteurs païens.

Le recours à l'allégorie dérive aussi de la conviction que la Bible, livre de Dieu, a été donnée par lui à son peuple, l'Église. Rien ne doit être, en principe, laissé de côté comme désuet ou définitivement caduc. Dieu adresse un message toujours d'actualité à son peuple chrétien. Dans leurs explications de la Bible, les Pères mélangent et entrecroisent les interprétations typologiques et allégoriques d'une manière à peu près inextricable, toujours dans un but pastoral et pédagogique. Tout ce qui est écrit l'a été pour notre instruction (cf 1 Co 10,11).

Persuadés qu'il s'agit du livre de Dieu, donc inépuisable, les Pères croient pouvoir interpréter tel passage selon tel schème allégorique, mais ils estiment que chacun reste fibre de proposer autre chose, pourvu qu'il respecte l'analogie de la foi.

L'interprétation allégorique des Écritures qui caractérise l'exégèse patristique risque de dépayser l'homme moderne, mais l'expérience d'Église que cette exégèse exprime offre un apport toujours utile (cf Divino Afflante Spiritu, 31-32; Dei Verbum, 23). Les Pères enseignent à lire théologiquement la Bible au sein d'une Tradition vivante avec un authentique esprit chrétien.