TheoFonsAux sources de la foi

L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Document · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

En tant que données à l'Église, les Écritures sont le trésor commun du corps complet des croyants: " La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l'Église. En s'attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l'enseignement des apôtres... " (Dei Verbum, 10; cf aussi 21). Il est vrai que la familiarité avec le texte des Écritures a été, parmi les fidèles, plus remarquable à certaines époques de l'histoire de l'Église qu'à d'autres. Mais les Écritures ont occupé une position de premier plan à tous les moments importants de renouveau dans la vie de l'Église, depuis le mouvement monastique des premiers siècles jusqu'à l'époque récente du Deuxième Concile du Vatican.

Ce même Concile enseigne que tous les baptisés, lorsqu'ils prennent part, dans la foi au Christ, à la célébration de l'Eucharistie, reconnaissent la présence du Christ aussi dans sa parole, " car c'est lui-même qui parle lorsque les Saintes Écritures sont lues à l'Église " (Sacrosanctum Concilium, 7). A cette écoute de la parole ils apportent " le sens de la foi (sensus fidei) qui caractérise le Peuple (de Dieu) tout entier (...) Grâce à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, le Peuple de Dieu, sous la conduite du magistère sacré, qu'il suit fidèlement, reçoit, non pas une parole humaine, mais vraiment la Parole de Dieu (cf 1 Th 2,13). Il s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il l'approfondit correctement et l'applique à sa vie de manière plus complète (Lumen gentium, 12).

Ainsi donc tous les membres de l'Église ont un rôle dans l'interprétation des Écritures. Dans l'exercice de leur ministère pastoral, les évêques, en tant que successeurs des apôtres, sont les premiers témoins et garants de la tradition vivante dans laquelle les Écritures sont interprétées à chaque époque. "éclairés par l'Esprit de vérité, ils ont à garder fidèlement la Parole de Dieu, à l'expliquer et à la répandre par leur prédication" (Dei verbum, 9; cf Lumen gentium, 25). En tant que collaborateurs des évêques, les prêtres ont comme premier devoir la proclamation de la Parole (Presbyterorum Ordinis, 4). Ils sont dotés d'un charisme particulier pour l'interprétation de l'Écriture lorsque, transmettant, non leurs idées personnelles, mais la Parole de Dieu, ils appliquent la vérité éternelle de l'évangile aux circonstances concrètes de la vie (ibid.). Il appartient aux prêtres et aux diacres, surtout lorsqu'ils administrent les sacrements, de mettre en lumière l'unité que Parole et Sacrement forment dans le ministère de l'Église.

En tant que présidents de la communauté eucharistique et éducateurs de la foi, les ministres de la Parole ont pour tâche principale, non pas simplement de donner un enseignement, mais d'aider les fidèles à entendre et discerner ce que la Parole de Dieu leur dit au coeur lorsqu'ils écoutent et méditent les Écritures. C'est ainsi que l'ensemble de l'Église locale, selon le modèle d'Israël, peuple de Dieu (Ex 19,5-6), devient une communauté qui sait que Dieu lui parle (cf. Jn 6,45) et qui s'empresse de l'écouter avec foi, amour et docilité envers la Parole (Dt 6,4-6). De telles communautés, qui écoutent vraiment, deviennent dans leur milieu, à condition de rester toujours unies dans la foi et l'amour avec l'ensemble de l'Église, de vigoureux foyers d'évangélisation et de dialogue, ainsi que des agents de transformation sociale (Evangelii Nuntiandi, 57-58; CDF, Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 69-70).

L'Esprit est aussi donné, bien sûr, aux chrétiens individuellement, de sorte que leurs coeurs puissent devenir "brûlants en eux" (cf. Lc 24,32), lorsqu'ils prient et font une étude priante des Écritures dans le contexte de leur vie personnelle. C'est pourquoi le Concile Vatican II a demandé avec insistance que l'accès aux Écritures soit facilité de toutes les façons possibles (Dei Verbum, 22; Dei Verbum, 25). Ce genre de lecture, il faut le noter, n'est jamais complètement privé, car le croyant lit et interprète toujours l'Écriture dans la foi de l'Église et à apporte ensuite à la communauté le fruit de sa lecture, pour enrichir la foi commune.

Toute la tradition biblique et, d'une manière plus notable, l'enseignement de Jésus dans les évangiles indiquent comme auditeurs privilégiés de la Parole de Dieu ceux que le monde considère comme gens d'humble condition. Jésus a reconnu que des choses cachées aux savants et aux sages ont été révélées aux simples (Mt 11,25; Lc 10,21) et que le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent aux enfants (Mc 10,14 et par.).

Dans la même ligne, Jésus a proclamé: "Heureux, vous les pauvres, parce que le Royaume de Dieu est à vous" (Lc 6,20; cf. Mt 5,3). Parmi les signes des temps messianiques se trouve la proclamation de la bonne nouvelle aux pauvres (Lc 4,18;7,22; Mt 11,5; cf. CDF, Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 47-48). Ceux qui, dans leur impuissance et leur privation de ressources humaines, se trouvent poussés à placer leur unique espoir en Dieu et sa justice ont une capacité d'écouter et d'interpréter la Parole de Dieu, qui doit être prise en compte par l'ensemble de l'Église et demande aussi une réponse au niveau social.

Reconnaissant la diversité des dons et des fonctions que l'Esprit met au service de la communauté, en particulier le don d'enseigner (1 Co 12,28-30; Rm 12,6-7; Ep 4,11-16), l'Église accorde son estime à ceux qui manifestent une capacité particulière de contribuer à la construction du Corps du Christ par leur compétence dans l'interprétation de l'Écriture (Divino Afflante Spiritu, 46-48, EB 564-565; Dei Verbum, 23; PCB, Instruction sur l'historicité des évangiles, Introd.). Bien que leurs travaux n'aient pas toujours obtenu les encouragements qu'on leur donne maintenant, les exégètes qui mettent leur savoir au service de l'Église se trouvent situés dans, une riche tradition qui s'étend depuis les premiers siècles, avec Origène et Jérôme, jusqu'aux temps plus récents, avec le Père Lagrange et d'autres, et se prolonge jusqu'à nos jours. En particulier, la recherche du sens littéral de l'Écriture, sur lequel on insiste tant désormais, requiert les efforts conjugués de ceux qui ont des compétences en matière de langues anciennes, d'histoire et de culture, de critique textuelle et d'analyse des formes littéraires, et qui savent utiliser les méthodes de la critique scientifique. En plus de cette attention au texte dans son contexte historique originel, l'Église compte sur des exégètes animés par le même Esprit qui a inspiré l'Écriture, pour assurer "qu'un aussi grand nombre que possible de serviteurs de la Parole de Dieu soient en mesure de procurer effectivement au peuple de Dieu l'aliment des Écritures" (Divino Afflante Spiritu, 24; 53-55; EB 551,567; Dei Verbum, 23; Paul VI, Sedula Cura 19711). Un sujet de satisfaction est fourni à, notre époque par le nombre croissant de femmes exégètes, qui apportent plus d'une fois, dans l'interprétation de l'Écriture, des vues pénétrantes nouvelles et remettent en lumière des aspects qui étaient tombés dans l'oubli.

Si les Écritures, comme on l'a rappelé ci-dessus, sont le bien de l'Église entière et font partie de "l'héritage de la foi", que tous, pasteurs et fidèles, "conservent, professent et mettent en pratique d'un commun effort", il reste vrai cependant que "la charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, transmise par l'Écriture ou par la Tradition, a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église, dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus Christ" (Dei Verbum, 10). Ainsi donc, en dernier recours c'est le Magistère qui a la charge de garantir l'authenticité d'interprétation et d'indiquer, le cas échéant, que telle ou telle interprétation particulière est incompatible avec l'authentique évangile. Il s'acquitte de cette charge à l'intérieur de la koïnônia du Corps, exprimant officiellement la foi de l'Église pour servir l'Église; il consulte à cet effet des théologiens, des exégètes et d'autres experts, dont il reconnaît la légitime liberté et avec qui il reste lié par une relation réciproque dans le but commun de " garder le peuple de Dieu dans la vérité qui rend fibre " (CDF, Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien, 21).