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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

L'herméneutique biblique féministe a pris naissance vers la fin du 19e siècle aux états-Unis, dans le contexte socio-culturel de la lutte pour les droits de la femme, avec le comité de révision de la Bible. Celui-ci produisit "The Woman's Bible" en deux volumes (New York 1885, 1898). Ce courant s'est manifesté avec une vigueur nouvelle et a eu un énorme développement à partir des années 70, en liaison avec le mouvement de la libération de la femme, surtout en Amérique du Nord. A proprement parler, on doit distinguer plusieurs herméneutiques bibliques féministes, car les approches utilisées sont très diverses. Leur unité provient de leur thème commun, la femme, et du but poursuivi: la libération de la femme et la conquête de droits égaux à ceux de l'homme.

Il y a lieu de mentionner ici trois formes principales de l'herméneutique biblique féministe: la forme radicale, la forme néo-orthodoxe et la forme critique.

La forme radicale refuse complètement l'autorité de la Bible, en disant qu'elle a été produite par des hommes en vue d'assurer la domination de l'homme sur la femme (androcentrisme).

La forme néo-orthodoxe accepte la Bible comme prophétique et susceptible de servir, dans la mesure où elle prend parti pour les faibles et donc aussi pour la femme; cette orientation est adoptée comme "canon dans le canon", pour mettre en lumière tout ce qui est en faveur de la libération de la femme et de ses droits.

La forme critique utilise une méthodologie subtile et cherche à redécouvrir la position et le rôle de la femme chrétienne dans le mouvement de Jésus et dans les Églises pauliniennes. A cette époque, on aurait adopté l'égalitarisme. Mais cette situation aurait été masquée, en majeure partie, dans les écrits du Nouveau Testament et davantage encore par la suite, le patriarcalisme et l'androcentrisme ayant progressivement prévalu.

L'herméneutique féministe n'a pas élaboré une méthode nouvelle. Elle se sert des méthodes courantes d'exégèse, spécialement de la méthode historico-critique. Mais elle ajoute deux critères d'investigation. Le premier est le critère féministe, emprunté au mouvement de libération de la femme, dans la ligne du mouvement plus général de la théologie de la libération. Il utilise une herméneutique du soupçon: l'histoire étant régulièrement écrite par les vainqueurs, il y a lieu, pour rejoindre la vérité, de ne pas se fier aux textes, mais d'y chercher des indices qui révèlent autre chose.

Le second critère est sociologique; il se base sur l'étude des sociétés des temps bibliques, de leur stratification sociale et de la position qu'y occupait la femme.

Pour ce qui concerne les écrits néotestamentaires, l'objet de l'étude, en définitive, n'est pas la conception de la femme exprimée dans le Nouveau Testament, mais la reconstruction historique de deux situations différentes de la femme au premier siècle, celle qui était habituelle dans la société juive et gréco-romaine et celle, innovatrice, instituée dans le mouvement de Jésus et les Églises pauliniennes, où on aurait formé "une communauté de disciples de Jésus, tous égaux". Un des appuis invoqués pour fonder cette vision des choses est le texte de Ga 3,28. L'objectif est de redécouvrir pour le présent l'histoire oubliée du rôle de la femme dans l'Église des origines.

Nombreux sont les apports positifs qui proviennent de l'exégèse féministe. Les femmes ont ainsi pris une part plus active à la recherche exégétique. Elles ont réussi, souvent mieux que les hommes, à percevoir la présence, la signification et le rôle de la femme dans la Bible, dans l'histoire des origines chrétiennes et dans l'Église. L'horizon culturel moderne, grâce à sa plus grande attention à la dignité de la femme et au rôle de celle-ci dans la société et dans l'Église fait qu'on adresse au texte biblique des interrogations nouvelles, occasions de nouvelles découvertes. La sensibilité féminine porte à déceler et à corriger certaines interprétations courantes, qui étaient tendancieuses et visaient à justifier la domination de l'homme sur la femme.

En ce qui concerne l'Ancien Testament, plusieurs études se sont efforcées d'arriver à une meilleure compréhension de l'image de Dieu. Le Dieu de la Bible n'est pas la projection d'une mentalité patriarcale. Il est Père, mais il est aussi Dieu de tendresse et d'amour maternels.

Dans la mesure où l'exégèse féministe se fonde sur un parti pris, elle s'expose à interpréter les textes bibliques de façon tendancieuse et donc contestable. Pour prouver ses thèses, elle doit souvent, faute de mieux, recourir à des arguments ex silentio. Ceux-ci, on le sait, sont en général sujets à caution; ils ne peuvent jamais suffire à établir solidement une conclusion. D'autre part, la tentative faite pour reconstituer, grâce à des indices fugitifs discernés dans les textes, une situation historique que ces mêmes textes sont censés vouloir cacher, ne correspond plus à un travail d'exégèse proprement dit, Puisqu'elle conduit à rejeter le contenu des textes inspirés Pour leur préférer une. construction hypothétique différente.

L'exégèse féministe soulève souvent les questions de pouvoir l'Église, qui sont, on le sait, objet de discussions et même affrontements. En ce domaine, l'exégèse féministe ne pourra être utile à l'Église que dans la mesure où elle ne tombera pas dans les pièges qu'elle dénonce et où elle ne perdra pas de vue l'enseignement adressé par Jésus à tous ses disciples, hommes et femmes.

Notes

  1. 2. Le texte de ce dernier alinéa a été voté par 11 voix favorables sur 19 votants;4 ont votés contre et 4 se sont abstenus. Les opposants ont demandé que le résultat du vote soit publié avec le texte. La Commission s'y est engagée.