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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Des observations analogues peuvent être faites sur les rapports entre exégèse et théologie morale. Aux récits concernant l'histoire du salut, la Bible unit étroitement de multiples instructions sur la conduite à tenir: commandements, interdits, prescriptions juridiques, exhortations et invectives prophétiques, conseils des sages. Une des tâches de l'exégèse consiste à préciser la portée de cet abondant matériau et à préparer ainsi le travail des moralistes.

Cette tâche n'est pas simple, car souvent les textes bibliques ne se soucient pas de distinguer préceptes moraux universels, prescriptions de pureté rituelle et ordonnances juridiques particulières. Tout est mis ensemble. D'autre part, la Bible reflète une évolution morale considérable, qui trouve son achèvement dans le Nouveau Testament. Il ne suffit donc pas qu'une certaine position en matière de morale soit attestée dans l'Ancien Testament (par ex. la pratique de l'esclavage ou du divorce, ou celle des exterminations en cas de guerre), pour que cette position continue à être valable. Un discernement doit être effectué, qui fasse entrer en ligne de compte le nécessaire progrès de la conscience morale. Les écrits de l'Ancien Testament contiennent des éléments "imparfaits et caducs" (Dei Verbum, 15), que la pédagogie divine ne pouvait pas éliminer d'emblée. Le Nouveau Testament lui-même n'est pas facile à interpréter dans le domaine de la morale, car il s'exprime souvent de façon imagée, ou paradoxale, ou même provocatrice, et le rapport des chrétiens avec la Loi -juive y fait l'objet d'âpres controverses.

Les moralistes sont donc fondés à poser aux exégètes beaucoup de questions importantes, qui stimuleront leurs recherches. En plus d'un cas, la réponse pourra être qu'aucun texte biblique ne traite explicitement le problème envisagé. Mais même alors, le témoignage de la Bible, compris dans son vigoureux dynamisme d'ensemble, ne peut manquer d'aider à définir une orientation féconde. Sur les points les plus importants la morale du Décalogue reste fondamentale. L'Ancien Testament contient déjà les principes et les valeurs qui commandent un agir pleinement conforme à la dignité de la personne humaine, créée "à l'image de Dieu" (Gn 1,27). Le Nouveau Testament met ces principes et ces valeurs en plus grande lumière, grâce à la révélation de l'amour de Dieu dans le Christ.