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L'interprétation de la Bible dans l'Église

IBE · Commission biblique pontificale · 1993 · FR · 323 paragraphes · laici.op.org ↗

Il est non seulement légitime, mais indispensable de chercher à définir le sens précis des textes tels qu'ils ont été produits par leurs auteurs, sens qu'on appelle "littéral". Déjà S. Thomas d'Aquin en affirmait l'importance fondamentale (S. Tb. I, q. 1, a. 10, ad 1).

Le sens littéral n'est pas à confondre avec le sens "littéraliste" auquel s'attachent les fondamentalistes. Il ne suffit pas de traduire un texte mot à mot pour obtenir son sens littéral. Il faut le comprendre selon les conventions littéraires du temps. Quand un texte est métaphorique, son sens littéral n'est pas celui qui résulte immédiatement du mot à mot (par ex.: "Ayez la ceinture aux reins", Lc 12,35), mais celui qui correspond à l'emploi métaphorique des termes ("Ayez une attitude de disponibilité"). Quand il s'agit d'un récit, le sens littéral ne comporte pas nécessairement l'affirmation que les faits racontés se sont effectivement produits, car un récit peut ne pas appartenir au genre historique, mais être une oeuvre d'imagination.

Le sens littéral de l'Écriture est celui qui a été exprimé directement par les auteurs humains inspirés. étant le fruit de l'inspiration, ce sens est aussi voulu par Dieu, auteur principal. On le discerne grâce à une analyse précise du texte, situé dans son contexte littéraire et historique. La tâche principale de l'exégèse est de mener à bien cette analyse, en utilisant toutes les possibilités des recherches littéraires et historiques, en vue de définir le sens littéral des textes bibliques avec la plus grande exactitude possible (cf Divino Afflante Spititu, EB 550). A cette fin, l'étude des genres littéraires anciens est particulièrement nécessaire (ibid 560).

Le sens littéral d'un texte est-il unique? En général, oui; mais il ne s'agit pas là d'un principe absolu, et cela pour deux raisons. D'une part, un auteur humain peut vouloir se référer en même temps à plusieurs niveaux de réalité. Le cas est courant en poésie. L'inspiration biblique ne dédaigne pas cette possibilité de la psychologie et du langage humains; le 4e évangile en fournit de nombreux exemples. D'autre part, même lorsqu'une expression humaine semble n'avoir qu'une seule signification, l'inspiration divine peut guider l'expression de façon à produire une ambivalence. Tel est le cas de la parole de Caïphe en Jn 11,50. Elle exprime à la fois un calcul politique immoral et une révélation divine. Ces deux aspects appartiennent l'un et l'autre au sens littéral, car ils sont tous deux mis en évidence par le contexte. Bien qu'il soit extrême, ce cas reste significatif; à doit mettre en garde contre une conception trop étroite du sens littéral des textes inspirés.

Il convient, en particulier, d'être attentif à l'aspect dynamique de beaucoup de textes. Le sens des psaumes royaux, par exemple, ne doit pas être limité étroitement aux circonstances historiques de leur production. En parlant du roi, le psalmiste évoquait à la fois une institution réelle et une vision idéale de la royauté, conforme au dessein de Dieu, de sorte que son texte dépassait l'institution royale telle qu'elle s'était manifestée dans l'histoire. L'exégèse historico-critique a eu trop souvent tendance à arrêter le sens des textes, en l'attachant exclusivement à des circonstances historiques précises. Elle doit plutôt chercher à préciser la direction de pensée exprimée par le texte, direction qui, au lieu d'inviter l'exégète à arrêter le sens, lui suggère au contraire d'en percevoir les prolongements plus ou moins prévisibles.

Un courant de l'herméneutique moderne a souligné la différence de statut qui affecte la parole humaine lorsqu'elle est mise par écrit. Un texte écrit a la capacité d'être placé dans de nouvelles circonstances, qui l'éclairent de façons différentes, ajoutant à son sens des déterminations nouvelles. Cette capacité du texte écrit est spécialement effective dans le cas des textes bibliques, reconnus comme Parole de Dieu. En effet, ce qui a porté la communauté croyante à les conserver, c'est la conviction qu'ils continueraient à être porteurs de lumière et de vie pour les générations à venir. Le sens littéral est, dès le début, ouvert à des développements ultérieurs, qui se produisent grâce à des "relectures" en des contextes nouveaux.

Il ne s'ensuit pas qu'on puisse attribuer à un texte biblique n'importe quel sens, en l'interprétant de façon subjective. Il faut, au contraire, rejeter comme inauthentique toute interprétation qui serait hétérogène au sens exprimé par les auteurs humains dans leur texte écrit. Admettre des sens hétérogènes équivaudrait à couper le message biblique de sa racine, qui est la Parole de Dieu communiquée historiquement, et à ouvrir la porte à un subjectivisme incontrôlable.